L’Identité du Maître : Un Savant de la "Zouj" (Azilal) au Tadla
Grâce aux écrits de l'historien Mokhtar Soussi, nous en savons plus sur l'homme derrière le nom. Le Cheikh Sidi Mohammed Ben Salah était un savant d'une droiture exemplaire, dont la vie a été dédiée à la transmission du savoir.
- Sa Formation : Originaire de la région, il a voyagé après avoir mémorisé le Coran vers Foum El Jemaâ (province d'Azilal) pour maîtriser les "Sept Lectures" du Coran (Al-Qira'at al-Sab'), une spécialité de haute distinction.
- Sa Lignée : Bien qu'il n'ait pas eu de fils, il a laissé une fille nommée Al-Mamoun. Ses descendants, connus sous le nom d'Aït Al-Mamoun, appartiennent à la famille Ouled Hatem (Haten).
- L’Influence de la Zaouïa Cherkaouia : Il était l'un des plus illustres disciples de la Zaouïa Cherkaouia de Bejaâd, sous l'égide de Sidi Mohammed Al-Arabi Al-Cherkaoui. C'est là qu'il a puisé sa rigueur dans le Hadith et le Sahih Al-Bokhary avant d'aller fonder sa propre zaouïa chez les Beni Amir.
2. Un Stratège Économique : Le Déplacement du Souk
L'une des anecdotes les plus marquantes rapportées par le chercheur Mohammed Qasimi explique comment la ville est devenue un centre d'activité :
Le "Mariage" avec le Souk : À l'époque, le grand marché se tenait chez les Ouled Arif (Beni Moussa). Le Cheikh Ben Salah, souhaitant dynamiser le secteur de sa zaouïa, s'est rendu chez les notables. Avec humour et sagesse, il leur dit : « Je suis venu aujourd'hui pour demander la main d'une de vos filles. » Face à leur accord, il révéla sa véritable requête : transférer le "Souk du Mercredi" (Souk Larbaâ) près de sa zaouïa. C'est ainsi que le marché s'est installé à l'emplacement actuel de la Grande Mosquée, transformant un lieu de prière en un carrefour économique majeur.
3. Une Spiritualité de la Droiture (Istiqaama)
Contrairement à d'autres saints, on ne lui prête pas de miracles spectaculaires, mais on loue sa droiture absolue et sa générosité.
- Sa Litanie de l'Aube : Mokhtar Soussi rapporte qu'il répétait chaque nuit avant l'aube :« C’est vers Dieu que retournent toutes les affaires. Malheur à celui qui te suit, ô monde d'ici-bas, car il est dans l'illusion. »
- Un Respect Sacré : Son prestige était tel que même le Colonel français Mangin, en 1913, a ordonné à ses troupes de contourner le mausolée du Cheikh pour ne pas provoquer la colère religieuse des habitants des Beni Amir.
4. Chronologie et Fin de Vie : La Précision du Poète
Le texte apporte une réponse claire sur la date de sa disparition, grâce à un poème funèbre de son disciple, le poète Ben Halloum :
- Date de Décès : Il s'est éteint le 22 du mois de Rabia al-Thani, un mercredi.
- L'Année : Les sources hésitent entre 1270 H et 1284 H (soit 1858 ). Cette date confirme son influence majeure durant le XIXe siècle, sous le règne du Sultan Sidi Mohammed ben Abderrahmane.
- Le Nom de la Ville : Si le souk a pris son nom, c'est autant pour son vivant que pour honorer le jour de sa mort (un mercredi), devenant ainsi "Larbaâ du Fquih Ben Salah".
5. La Zaouïa devenue Cité
Le Cheikh est enterré sur le côté ouest de sa Zaouïa, là où il enseignait. Ce qui n'était qu'une école rurale est devenu :
- Un lieu de pèlerinage pour les habitants du Tadla.
- Un centre administratif majeur sous le protectorat (choisi pour son importance symbolique et économique).
- Une métropole moderne, aujourd'hui moteur de l'économie agricole et migratoire du Maroc.
Héritage vivant : On ne retient pas de lui des prodiges surnaturels, mais une vie de service : il n'a jamais rejeté la demande d'un nécessiteux. C'est cette "Baraka de la générosité" qui définit encore aujourd'hui l'âme des habitants de Fquih Ben Salah.
Sources : « Al-Maasul » de Mokhtar Soussi (Vol. 7) / « Histoire de la tribu Beni Amir » d'Ahmed Mohammed Qasimi.

