Sidi Youssouf Ben Ali : Le Saint Éprouvé des Sept de Marrakech

par saidanathaliev@gmail.com | Almohades, Marrakeche | 0 commentaire

Entrée principale de la Zaouïa de Sidi Youssef Ben Ali à Marrakech, avec ses murs ocre, ses portes sculptées et ses motifs de zelliges traditionnels.

Parmi les illustres "Sept Saints" de Marrakech, Sidi Youssouf Ben Ali, surnommé Abou Yaqoub al-Moubtala (l'Éprouvé), occupe une place singulière. Atteint par la lèpre, il a transformé sa souffrance physique en un chemin d'ascèse et de satisfaction divine, devenant le symbole de la patience absolue (Sabr) et du détachement du monde matériel.

La patience des hauts degrés

La vie de Sidi Youssouf Ben Ali illustre une distinction profonde chez les soufis : il ne se contentait pas de subir l'épreuve avec patience, il l'accueillait avec joie.

  • Le festin de l'épreuve : On raconte qu'un jour, un morceau de chair s'étant détaché de son corps à cause de sa maladie, il offrit un repas aux pauvres pour célébrer cette étape de sa purification.
  • La poésie du réconfort : Il avait l'habitude de dire : « J’ai pris l’habitude de mon épreuve jusqu’à ce qu’elle me tienne compagnie... ». Pour lui, la maladie n'était plus un ennemi, mais une compagne de chemin.

Une sagesse politique et sociale

Sidi Youssouf Ben Ali était consulté pour les affaires de la cité. Sa réponse aux habitants d'un village voisin, victimes d'un gouverneur injuste, est restée célèbre :

  • La parabole des mouches : Voyant son corps couvert de mouches, il demanda aux visiteurs de ne pas les chasser. Il expliqua que ces mouches, déjà repues, étaient préférables à de nouvelles mouches affamées qui arriveraient si les premières s'envolaient.
  • Le conseil de prudence : Par là, il enseignait qu'un tyran connu, même injuste, est parfois préférable à une révolution qui amènerait un dirigeant plus affamé de pouvoir et de richesses encore.

Rencontres spirituelles et Prodiges

Sidi Youssouf vivait dans une réalité qui dépassait le cadre physique.

  • La visite d'Al-Khadir : Sa femme l'entendit un jour parler seul ; il lui révéla qu'il s'agissait d'Al-Khadir (figure spirituelle éternelle) venu lui proposer des remèdes. Fidèle à son choix d'atteindre les plus hauts degrés, le Saint préféra l'épreuve au traitement.
  • L'annonce de sa mort : Il prédit sa propre fin à son élève, le savant Alkharaze, au jour et à l'heure près.
  • Le miracle de la tombe : Lors de son enterrement, il ouvrit les yeux une dernière fois pour affirmer : « Je suis vivant, et toute personne qui aime Allah est vivante », rappelant la réalité des délices de la tombe pour les bien-aimés de Dieu.

Sa place dans l'Âge d'Or de Marrakech

Sidi Youssouf Ben Ali est mort en 593 de l'Hégire. Il appartient à cette période bénie où Marrakech abritait simultanément le Cadi Ayyad, Sidi Bel Abbès Sebti et Moulay Abdellah Amghar.

  • Sa lignée : Il était l'élève d'Abou l-Ousfour (originaire de Meknès), lui-même disciple du célèbre Moulay Bouazza.
  • Sépulture : Il repose aujourd'hui hors des remparts de la ville, à Bab Aghmat, aux côtés de son maître Abou l-Ousfour.