Moulay Bouchaib Er-Reddad : « As-Saariya », le Poteau de la Spiritualité à Azemmour

par saidanathaliev@gmail.com | Almohades, Azmour | 0 commentaire

Vue du mausolée de Moulay Bouchaib Erradad à Azemmour, avec son architecture traditionnelle et son importance spirituelle dans la région des Doukkala.

Contemporain du Cadi Ayyad et d'Ibn Rochd, Moulay Bouchaib Er-Reddad vérouilla les portes de la piété à Azemmour durant "l'âge d'or" des savants du Maroc. Éducateur dévoué et maître de Moulay Bouazza, il atteignit le degré spirituel de Abdal, marqué par une rigueur morale et une concentration en prière qui lui valurent le surnom de As-Saariya (le poteau).

Une éthique scrupuleuse (Al-Wara')

La vie de Moulay Bouchaib était dictée par une crainte immense de consommer ce qui ne lui appartenait pas. On raconte qu'il resta debout pour enseigner le Coran aux enfants par pur respect pour la Parole Divine.

La vache et le champ du voisin

Un jour, voyant sa vache brouter l'herbe du champ voisin, il se précipita pour lui retirer l'herbe de la bouche. Par précaution, il enferma l'animal trois jours et offrit tout son lait aux pauvres, de peur que celui-ci ne soit "nourri" par un bien injustement acquis.

L'équité jusque dans l'eau d'irrigation

Même face à un cadeau de raisins secs apporté par son élève, il interrogea ce dernier sur l'irrigation des vignes. Apprenant que le partage de l'eau avec le voisin pouvait comporter un doute sur l'équité, il demanda à l'élève de reprendre son présent.

Le protecteur des opprimés face au pouvoir

Moulay Bouchaib n'hésitait pas à affronter les puissants. Lorsque le gouverneur d'Azemmour voulut exécuter des innocents, le Saint s'interposa.

"Il alla ordonner le bien et interdire le mal. Malmené par le gouverneur, ce dernier fut instantanément saisi de fièvres, avant de revenir implorer le pardon du Waliy et libérer les prisonniers."

L'extinction dans l'adoration

Son surnom "le poteau" vient de son immobilité absolue durant la prière. Il était si absorbé qu'il ne voyait ni n'entendait plus rien du monde extérieur.

  • Une concentration totale : Un muezzin personnel devait lui crier aux oreilles pour l'avertir de la fin de ses prières surérogatoires afin qu'il puisse accomplir l'obligation.
  • La lutte contre l'ego (An-Nafs) : On le vit un soir d'hiver se baigner dans l'eau glacée de la rivière, refusant la facilité du Tayammoum, rappelant à son âme que le feu de l'enfer est bien plus redoutable que le froid de ce monde.

La baraka et la générosité

Que ce soit pour libérer des prisonniers en Andalousie par ses invocations ou pour aider un commerçant de Malaga malade, sa présence était un refuge. Il enseignait à ses élèves que la confiance totale en Allah (At-Tawakkul) est la clé de la véritable richesse.

S'éteignant en l'an 561 de l'Hégire à Azemmour, il laissa derrière lui un héritage de piété qui continue de marquer la mémoire collective marocaine.