Sidi M’hamed Benaïssa (Le Cheikh Al-Kamel) : Le Guide Parfait de Meknès

par saidanathaliev@gmail.com | Meknès, Saadiens | 0 commentaire

Entrée principale du mausolée de Cheikh al-Kamil Sidi Mhamed el Hadi ben Aïssa à Meknès, avec son architecture traditionnelle, ses portes sculptées et ses motifs de zelliges verts.

Né en 872 de l’Hégire dans le Souss, Sidi M’hamed Benaïssa, surnommé Al-Hadi (l'Éducateur) et Al-Kamel (le Parfait), est le fondateur de la célèbre confrérie des Aïssawa. Érudit de premier plan formé à la Quaraouiyine, il a consacré sa vie à l'enseignement de la croyance saine et au combat contre les déviances, laissant derrière lui un héritage spirituel qui rayonne aujourd'hui dans tout le Maghreb.

Un contexte de réforme et de transmission

Le XVIe siècle (Xe siècle de l’Hégire) fut une période de bouleversements économiques et politiques au Maroc. Face à l'éloignement des populations vis-à-vis de la science religieuse, les savants comme le Cheikh Al-Kamel ont choisi d'aller à la rencontre des tribus pour enseigner :

  • La Croyance ('Aqida) : Le socle de son enseignement pour protéger les gens du charlatanisme.
  • Le Fiqh : La pratique correcte du droit malikite.
  • Le Tassawwouf : L'éducation du cœur pour délaisser l'attachement excessif au monde matériel (Dounya).

La reconnaissance de sa perfection : "Al-Kamel"

À Meknès, le grand savant Sidi Basri voulut tester la profondeur de ses connaissances. Après l'avoir interrogé longuement dans tous les domaines des sciences islamiques, Sidi Basri sortit dans les rues en criant :

« Dans votre ville, il y a le savant parfait ! » Dès lors, il fut appelé Sidi Al-Kamel. On raconte également que par ses invocations (Dou^as), il permit à Sidi Basri de recouvrer la vue qu'il commençait à perdre.

Une Silsila (Lignée) indiscutable

L'histoire spirituelle du Cheikh Al-Kamel est marquée par une transmission directe et validée par les plus grands maîtres de l'époque :

  1. Al-Arti : Son premier maître en Tassawwouf (élève de l'Imam Al-Jazouli).
  2. Abdelaziz Tebbaâ : Sur les conseils d'Al-Arti, il rejoint Tebbaâ à Marrakech qui le "purifie" et valide son statut de successeur.
  3. As-Sahli : Pour la bénédiction (Baraka), il visite le plus âgé des élèves d'Al-Jazouli qui lui transmet un livre légué par le maître lui-même.

Note historique : Cette chaîne prouve que le véritable successeur de l'Imam Al-Jazouli et de Tebbaâ est bien Sidi Benaïssa, ayant atteint le stade de Qoutb al Ghaout (Pôle spirituel suprême).

Son enseignement et son héritage

Le Cheikh Al-Kamel a fondé sa Zaouïa à Meknès, achetée avec ses propres fonds, où il accueillit jusqu'à 600 adeptes. Son éducation reposait sur quatre piliers :

  • L'intention (An-niyya)
  • Le repentir (At-tawbah)
  • La sincérité (As-sidq)
  • Le combat de l'ego (Moujahadat an-nafs)

Il disait : « La science de la croyance est la meilleure de toutes les sciences. » Ses Wirds (litanies), qui célèbrent l'amour du Prophète ﷺ, continuent d'être récités chaque vendredi après la prière d'Al-^Asr.

Sa disparition

Le Cheikh Al-Kamel est décédé en 972 de l'Hégire à l'âge de 100 ans. Il repose dans sa zaouïa à Meknès, aux côtés de son disciple préféré Barwayil. Son fils, Sidi Abou Mahdi Aïssa, a assuré sa succession, et ses descendants se trouvent aujourd'hui dans de nombreuses villes du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie.