Moulay Idrîs Ier (Al-Akbar) : Le Père Fondateur et le Descendant du Prophète ﷺ

par saidanathaliev@gmail.com | Idrissides, Zerhoune | 0 commentaire

Intérieur du sanctuaire de Moulay Idriss Ier à Zerhoun montrant les catafalques ornés de broderies dorées et les murs en mosaïques zelliges.

 Moulay Idrîs Ier Ibn Abdallah al-Kamil, connu sous le nom de Moulay Idrîs Al-Akbar, est le fondateur de la dynastie idrisside. Descendant direct du Prophète Mouhammad ﷺ par la lignée d’Al-Hassan ibn Ali, il incarne l’arrivée au Maghreb d’un pouvoir issu des Ahl al-Bayt. Son installation marque la naissance du premier État islamique autonome au Maroc, distinct des grands califats orientaux.

La bataille de Fakh et l’exil vers le Maghreb

L’histoire de Moulay Idrîs s’inscrit dans les tensions politiques entre les Abbassides et les descendants du Prophète.

  • Le contexte : Après l’avènement des Abbassides en 750, les relations avec les Alides se dégradent rapidement. Plusieurs révoltes éclatent en faveur des descendants de Fatima.

  • La bataille de Fakh : En 786, près de La Mecque, une insurrection menée par les Alides est sévèrement réprimée. Idrîs ibn Abdallah fait partie des survivants et échappe de peu à la mort.

  • La fuite : Accompagné de son fidèle affranchi Rachid, il entreprend un long périple vers l’ouest, traversant l’Égypte puis l’Ifriqiya, avant d’atteindre l’extrême Maghreb, région alors éloignée du contrôle direct abbasside.

L’installation à Walili (Volubilis)

En 788, Moulay Idrîs arrive dans la région de Volubilis (Walili), ancienne cité romaine située près de Meknès.

  • L’accueil des Awraba : Il est accueilli et soutenu par la tribu berbère des Awraba, dirigée par Ishaq ibn Mohammed, qui reconnaît en lui un descendant du Prophète et un guide légitime.

  • La bay‘a : Les tribus locales lui prêtent allégeance, ce qui marque la naissance d’une autorité politique organisée.

  • Le choix stratégique : Volubilis, avec ses infrastructures héritées de l’époque romaine, constitue un centre idéal pour établir un pouvoir stable.

Un projet politique et religieux

Moulay Idrîs ne se contente pas de gouverner, il pose les bases d’un État structuré.

  • L’unification : Il fédère progressivement plusieurs tribus berbères autour d’un projet islamique commun.

  • L’orthodoxie religieuse : Il s’oppose à certaines doctrines dissidentes présentes dans la région, notamment des courants kharidjites et le royaume des Barghawata, connu pour ses pratiques religieuses hétérodoxes.

  • L’expansion : Son influence s’étend vers le nord et l’est, atteignant notamment la région de Tlemcen, consolidant ainsi un territoire cohérent.

Une menace pour les Abbassides

Le développement rapide de cet État indépendant attire l’attention du calife abbasside Haroun al-Rachid.

  • Une rivalité politique : L’émergence d’un pouvoir dirigé par un descendant du Prophète, loin du contrôle de Bagdad, est perçue comme une menace symbolique et politique.

  • Une stratégie indirecte : Plutôt qu’une confrontation militaire lointaine, les Abbassides auraient opté pour une élimination discrète.

Le martyr et la succession

En 791, Moulay Idrîs meurt dans des circonstances généralement attribuées à un empoisonnement.

  • L’assassinat : Selon les sources historiques, un agent envoyé par les Abbassides, souvent identifié comme Sulayman ibn Jarir, réussit à l’empoisonner après avoir gagné sa confiance.

  • Le mausolée : Son tombeau se trouve à Moulay Idriss Zerhoun, devenu un haut lieu spirituel et un site de pèlerinage majeur au Maroc.

  • Une descendance posthume : À sa mort, son épouse Kenza, issue de la tribu berbère des Awraba, est enceinte. Leur fils, Idrîs II, naît quelques mois plus tard.

L’héritage idrisside

L’œuvre de Moulay Idrîs se poursuit à travers son fils et marque durablement l’histoire du Maroc.

  • Idrîs II : Élevé sous la tutelle de Rachid puis de ses proches, il consolide l’État et fonde la ville de Fès, future capitale spirituelle et intellectuelle du Maroc.

  • Une dynastie fondatrice : Les Idrissides posent les bases de l’identité islamique marocaine, mêlant héritage arabe et ancrage berbère.

  • Une mémoire vivante : Moulay Idrîs Ier reste aujourd’hui une figure centrale de l’histoire et de la spiritualité marocaine, symbole d’unité et de légitimité religieuse.