Exposé dogmatique selon les fondements de l’école malékite achaarite au Maghreb et en Andalousie

L’attribut de la Science est compté parmi les sept attributs de signification (Sifat al-Ma’ani) que les Gens de la Sounnah et du Consensus ont convenu de confirmer pour Allah Ta’ala. Les savants du Maghreb et d’Andalousie, adeptes de l’école malékite en jurisprudence et de l’école achaarite en croyance, ont suivi la voie du juste milieu entre le rejet des attributs (Ta’til) et l’assimilation (Tamthil). Ils ont ainsi affirmé pour Allah Ta’ala une science réelle, exempte de début (azali) et sans fin (abadi), purifiée de toute ressemblance avec les sciences des créatures. Cela a été fait en suivant la méthodologie des pieux prédécesseurs (Salaf) dans l’affirmation exempte de ressemblance (Tachbih) et du comment (Takyif). Et ce, en employant les preuves de la réflexion rationnelle établies par les savants achaarites ultérieurs pour consolider le contenu des textes légaux, et non pour les outrepasser.

Signification et réalité de l’attribut de la Science

La science, sur le plan linguistique, est l’opposé de l’ignorance. En ce qui concerne Allah Ta’ala, c’est un attribut ancien et sans début (qadima azaliyya) existant par Son Être glorifié. Par cet attribut, le connu se manifeste tel qu’il est. Il perçoit donc, Ta’ala, toutes les informations, les évidentes et les cachées, les existantes et les inexistantes, les possibles et les impossibles. Il s’agit d’une perception unique qui ne change pas et ne se renouvelle pas, contrairement à la science créée (hadith) propre à la créature, qui survient après une ignorance et se renouvelle par l’acquisition.

Abou Mouhammed Abd Allah ibn Abi Zayd Al-Qayrawani (m. 386 de l’hégire), surnommé le « petit Malik », a établi dans l’introduction de sa célèbre épître sur la jurisprudence malékite, la croyance des Gens de la Sounnah concernant les attributs d’Allah Ta’ala. Il a mentionné qu’Allah est « Omniscient sur toute chose » d’une manière qui implique que Sa science englobe tout ce qui est existant et inexistant. Il a associé cela à l’exemption de l’Être Divin de toute contingence (houdouth) et de toute ressemblance avec les créatures ; c’est d’ailleurs le fondement sur lequel repose l’exposé des savants ultérieurs malékites et achaarites du Maghreb concernant cet attribut.

Les preuves de l’affirmation de l’attribut de la Science

Premièrement : La preuve textuelle (Sam’i)

Les textes coraniques se sont succédé de manière notoire pour affirmer la science globale d’Allah Ta’ala, comme Sa parole dans la sourate Al-An’am :﴾ وَمَا تَسْقُطُ مِنْ وَرَقَةٍ إِلَّا يَعْلَمُهَا ﴿« Et pas une feuille ne tombe qu’Il ne le sache ». Et Sa parole dans la sourate Al-Hujurat, établissant l’étendue de Sa science et son lien avec Ses autres attributs :﴾ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ﴿ « Certes, Allah est Omniscient sur le contenu des poitrines ». Ainsi que de nombreux autres textes ayant atteint le degré de notoriété absolue (Tawatur) dans l’établissement de cet attribut ; celui-ci faisant partie, selon les Gens de la Sounnah, des certitudes dogmatiques (qat’iyyat) qui ne sauraient faire l’objet ni d’interprétation altérée ni de négation.

Deuxièmement : La preuve rationnelle chez les achaarites ultérieurs

Les achaarites ultérieurs du Maghreb, parmi lesquels Abou Abd Allah Mouhammed ibn Youssef Al-Sanoussi (m. 895 de l’hégire) dans « Al-‘Aqida Al-Koubra » et « Oumm Al-Barahin », ont emprunté la voie de la déduction pour prouver l’existence de l’attribut de la Science par la perfection de la création des créatures et de leur organisation. Ils ont établi que la perfection de l’acte bien exécuté est une preuve de la science de son auteur. Par conséquent, si l’univers dans son entièreté est d’une conception merveilleuse et d’un ordre parfait, il est impossible qu’il émane d’un autre qu’un Savant. C’est ce qu’ils ont exprimé en disant que « la perfection de l’acte implique la science de son auteur », un raisonnement qui s’appuie fondamentalement sur les versets incitant à la méditation sur la création d’Allah, comme le Coran y a encouragé.

Le Qadi Abou Bakr Al-Baqillani (m. 403 de l’hégire) a devancé Al-Sanoussi dans l’enracinement de cette méthodologie dans son livre « Al-Tamhid ». Il y a fondé l’affirmation des attributs de signification en général, et de l’attribut de la Science en particulier, sur le raisonnement a fortiori tiré du témoignage de l’acte parfait sur la science de son artisan. Cette approche théologique a eu un impact profond sur les écoles achaarites du Maghreb et d’Andalousie qui ont accueilli ses livres et se les sont transmis.

La globalité de la science d’Allah Ta’ala et son lien avec les informations

Les savants achaarites ont établi que la science d’Allah Ta’ala est liée à toutes les informations, quelles que soient leurs catégories : le nécessaire (wajib), le possible (moumkin) et l’impossible (moustahil), l’existant (mawjoud) et l’inexistant (ma’doum), l’universel (koulli) et le particulier (jouz’i). Il s’agit d’un lien unique et sans début, dépourvu de toute pluralité ou renouvellement. Cela s’inscrit en opposition à ce qu’ont avancé certaines sectes théologiques antérieures affirmant la pluralité des informations d’Allah en fonction du changement des situations. Il s’agit d’une affirmation réfutée par les achaarites ultérieurs en se basant sur l’exemption de l’Être Divin de tout changement et de tout renouvellement. Ils ont statué que la Science Divine est un attribut unique qui ne se multiplie pas avec la multiplicité des informations, car la multiplicité impliquerait la multiplicité au sein même de l’Être, ce qui est impossible concernant Allah Ta’ala.

Parmi les savants d’Andalousie ayant établi ce détail figure le Qadi Abou Al-Walid Soulayman ibn Khalaf Al-Baji (m. 474 de l’hégire) dans ses ouvrages relatifs aux fondements (oussoul) et à la théologie. Il a relié la question du lien de la science avec les informations aux fondements de la réflexion rationnelle adoptée par les achaarites. Il s’est appuyé dans son élaboration sur ce qu’il a reçu de l’école achaarite de Bagdad, dont il a fréquenté les savants lors de son voyage en Orient, avant de transférer cette méthodologie en Andalousie, devenant ainsi l’un des premiers à l’y diffuser.

L’exemption de l’attribut de la Science de toute ressemblance avec la science des créatures

Parmi les fondements de la méthodologie des malékites achaarites au Maghreb et en Andalousie dans l’affirmation des attributs divins en général, il y a le fait que l’affirmation s’accompagne de l’exemption totale de toute ressemblance (Tachbih) et de tout comment (Takyif). La science d’Allah Ta’ala est donc une science réelle et non métaphorique, mais elle ne ressemble en rien à la science de la créature, ni dans sa réalité ni dans sa modalité. Puisque la science de la créature est contingente (hadith), acquise et sujette au renouvellement, tandis que la science d’Allah est ancienne, sans début (azali), propre à Son Être (dhati), non acquise et ne se renouvelant pas.

Ce fondement a d’ailleurs été exprimé par le Qadi Iyad ibn Moussa Al-Yahsoubi Al-Sabti (m. 544 de l’hégire) dans « Al-Chifa bi Ta’rif Houqouq Al-Moustafa » (La guérison par la connaissance des droits de l’Élu, le Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم). Il a statué, à plusieurs endroits de cet ouvrage, sur l’exemption des attributs d’Allah Ta’ala de toute similitude avec les attributs de Sa création, et a porté tout texte dont l’apparence suggère la ressemblance sur ce qu’exige le principe d’exemption (Tanzih) unanimement reconnu par les Gens de la Sounnah.

C’est sur ce même principe qu’a cheminé Abou Al-Hassan Ali ibn Ismaïl Al-Achaari (m. 324 de l’hégire), l’imam de l’école, d’après ce que lui ont rapporté Ibn Abi Zayd Al-Qayrawani et d’autres imams malékites marocains en le recommandant et en s’affiliant à lui. Il a établi dans « Al-Ibana ‘an Oussoul Al-Diyana » l’affirmation des attributs divins, y compris la Science, de la manière qui sied à Allah Ta’ala, exemptée de toute contingence et d’assimilation. Il s’agit du principe même que les imams du Maghreb et d’Andalousie ont reçu de lui et sur lequel ils ont bâti leur exposé concernant cet attribut.

Conclusion

Il ressort de ce qui précède que la méthodologie des malékites achaarites au Maghreb et en Andalousie dans l’affirmation de l’attribut de la Science Divine s’est construite sur trois principes complémentaires :

  • La déduction par les textes scripturaires notoires.

  • L’utilisation de la réflexion rationnelle fondée sur la preuve que la perfection de l’œuvre indique la science de son créateur.

  • L’adhésion à l’exemption totale de toute ressemblance et de tout comment.

C’est une méthodologie de juste milieu qui a distingué l’école dogmatique du Maghreb et d’Andalousie, et qui s’est reflétée dans les ouvrages de ses érudits tels qu’Ibn Abi Zayd Al-Qayrawani, Al-Baji, le Qadi Iyad, Al-Sanoussi, et bien d’autres porteurs de cette science dans ces contrées.