L’ATTRIBUT DE LA VIE DIVINE (AL-ḤAYĀT)

Chez les savants malikites-ash’arites du Maghreb et d’al-Andalus

L’attribut de la Vie (al-Ḥayāt) est l’un des piliers essentiels de l’Entité Divine sur lesquels s’est accordée la parole des Gens de la Sunna et du Groupe (Ahl al-Sunna wa-l-Jamā’a). C’est l’attribut qui conditionne tous les autres attributs de perfection, tels que la Science, la Puissance, la Volonté, l’Ouïe et la Vue. La qualification de l’Entité Divine par ces attributs de sens n’est concevable qu’après l’établissement de la perfection de la Vie en Lui.

Les savants d’Al-Andalus et du Maghreb — juristes, théologiens et traditionalistes — ont joué un rôle prépondérant dans l’ancrage doctrinal de cet attribut, en réfutant les thèses divergentes et en systématisant la science de l’Unicité (Tawḥīd). La présente recherche rassemble les propos d’une élite de ces savants, tout en documentant leur doctrine par leurs sources originales.

Fondements scripturaires et rationnels

La Vie, au sujet d’Allah Ta‘ala, est un attribut éternel, sans début ni fin. Elle ne saurait être comparée à la vie créée, composée d’âme, de chair et de sang.

Preuves coraniques :

  • Sourate al-Baqara (2/255) : { اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ ۚ لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ } « Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même et fait subsister toute chose ; ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. »
  • Sourate al-Furqān (25/58) : { وَتَوَكَّلْ عَلَى الْحَيِّ الَّذِي لَا يَمُوتُ } « Et place ta confiance dans le Vivant qui ne meurt jamais. »

Démonstration rationnelle (Dalīl ‘Aqlī) : L’unanimité des mutakallimūn ash’arites établit que la Vie divine se déduit nécessairement de l’existence des attributs actifs (Puissance, Volonté, Science). Nulle chose ne peut être puissante ou connaissante sans être, au préalable, vivante. La Vie est ainsi la condition (sharṭ) fondamentale sans laquelle aucune des six autres ṣifāt al-ma’ānī ne pourrait subsister.

Preuves prophétiques

La tradition prophétique confirme la centralité du Nom « al-Ḥayy » dans l’invocation :

1. Invocation enseignée à Fāṭima (rapportée par Anas ibn Mālik) :                                                                                                                                              « مَا يَمْنَعُكِ أَنْ تَسْمَعِي مَا أُوصِيكِ بِهِ: أَنْ تَقُولِي إِذَا أَصْبَحْتِ وَإِذَا أَمْسَيْتِ: يَا حَيُّ يَا قَيُّومُ، بِرَحْمَتِكَ أَسْتَغِيثُ، أَصْلِحْ لِي شَأْنِي كُلَّهُ، وَلَا تَكِلْنِي إِلَى نَفْسِي طَرْفَةَ عَيْنٍ »

Source : Al-Nasā’ī et al-Ḥākim.

« Qu’est-ce qui t’empêche d’écouter ce que je te recommande : dire, au matin et au soir : Ô Vivant, ô Celui qui subsiste par Lui-même, par Ta miséricorde j’implore Ton secours ; répare toute mon affaire, et ne me confie pas à moi-même, ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil. »

2. Invocation dans la détresse (rapportée par Ibn Mas’ūd) :

Utilisée par le Prophète ﷺ lors des épreuves:

«كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صلى الله عليه وسلم إِذَا نَزَلَ بِهِ هَمٌّ أَوْ غَمٌّ قَالَ: يَا حَيُّ يَا قَيُّومُ بِرَحْمَتِكَ أَسْتَغِيثُ»

« Qu’est-ce qui t’empêche d’écouter ce que je te recommande : dire, au matin et au soir : Ô Vivant, ô Celui qui subsiste par Lui-même, par Ta miséricorde j’implore Ton secours ; répare toute mon affaire, et ne me confie pas à moi-même, ne serait-ce que le temps d’un clin d’œil. »

3. Le Nom suprême (al-ism al-a’ẓam) rattaché à « al-Ḥayy al-Qayyūm » (rapporté par Anas ibn Mālik) :

« اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ بِأَنَّ لَكَ الْحَمْدَ، لَا إِلَٰهَ إِلَّا أَنْتَ الْمَنَّانُ، بَدِيعُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ، يَا ذَا الْجَلَالِ وَالْإِكْرَامِ، يَا حَيُّ يَا قَيُّومُ، فَقَالَ النَّبِيُّ صلى الله عليه وسلم: لَقَدْ دَعَا اللَّهَ بِاسْمِهِ الْعَظِيمِ، الَّذِي إِذَا دُعِيَ بِهِ أَجَابَ، وَإِذَا سُئِلَ بِهِ أَعْطَى»

« Ô Allah, je Te demande, car à Toi la louange, il n’y a de divinité que Toi, le Bienfaiteur, Créateur inédit des cieux et de la terre, ô Toi le Détenteur de la Majesté et de la Munificence, ô Vivant, ô Celui qui subsiste par Lui-même — et le Prophète ﷺ dit : Il a invoqué Allah par Son Nom suprême, celui par lequel, si on L’invoque, Il répond, et si on Lui demande, Il donne. »

4. Hadith fréquemment cité, mais à chaîne discutée (rapporté par Asmā’ bint Yazīd) :

اسْمُ اللَّهِ الْأَعْظَمُ فِي هَاتَيْنِ الْآيَتَيْنِ: {وَإِلَٰهُكُمْ إِلَٰهٌ وَاحِدٌ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الرَّحْمَٰنُ الرَّحِيمُ}، وَفَاتِحَةِ سُورَةِ آلِ عِمْرَانَ: {الم اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ}

« Le Nom suprême d’Allah se trouve dans ces deux versets […] et l’ouverture de la sourate Āl ‘Imrān : Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. »

Ces quatre paroles prophétiques convergent toutes vers l’association du Nom « al-Ḥayy » à « al-Qayyūm » (Celui qui subsiste par Lui-même et fait subsister toute chose) — la même association que celle du verset du Trône et de l’ouverture d’Āl ‘Imrān déjà cités. Elles confirment, au niveau de la sunna, la place centrale de cet attribut dans l’invocation prophétique elle-même, notamment dans les moments de détresse et de demande.

Études de cas : La tradition malikite-ash’arite

Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī (m. 386 H.)

Surnommé « Mālik al-Ṣaghīr » (le petit Mālik), imam de l’école malikite de son temps à Kairouan ; sa Risāla, résumé du fiqh malikite précédé d’une profession de foi, est demeurée l’un des textes les plus enseignés du Maghreb islamique jusqu’à aujourd’hui.

Ouvrage : Muqaddimat al-Risāla (préambule doctrinal de la Risāla)

Texte arabe (préambule de la Risāla, cité et commenté dans les cercles d’enseignement traditionnel du Maghreb) :

(وَلَا أَحَدَ فَرَّقَ بَيْنَ كَوْنِهَا صِفَةَ ذَاتٍ أَوْ صِفَةَ فِعْلٍ، وَإِنَّمَا أَثْبَتُوا لَهُ تَعَالَى صِفَاتٍ أَزَلِيَّةً مِنَ الْعِلْمِ وَالْقُدْرَةِ وَالْحَيَاةِ وَالْإِرَادَةِ وَالسَّمْعِ وَالْبَصَرِ وَالْكَلَامِ وَالْجَلَالِ وَالْإِكْرَامِ وَالْجُودِ وَالْإِنْعَامِ وَالْعِزِّ وَالْعَظَمَةِ، وَسَاقُوا الْكَلَامَ سَوْقًا وَاحِدًا)

« Nul n’a distingué, parmi eux, entre un attribut de l’essence et un attribut de l’action : ils ont établi pour Allah des attributs éternels — la Science, la Puissance, la Vie, la Volonté, l’Ouïe, la Vue, la Parole, la Majesté, la Munificence, la Générosité, la Bienfaisance, la Puissance souveraine et la Grandeur — et ils ont tenu ce discours d’un seul et même mouvement. »

Cette formulation place la Vie (al-Ḥayāt) au deuxième rang de l’énumération, immédiatement après la Science et avant la Puissance — une place qui varie selon les auteurs mais qui témoigne, dès le IVe siècle hégirien, de l’établissement conjoint et indissociable des sept attributs de sens chez les Malikites du Maghreb, sans qu’aucun d’eux ne soit isolé ou traité comme accessoire.

Abū Bakr al-Bāqillānī (m. 403 H.)

Qāḍī, chef de file de l’école ash’arite après al-Ash’arī lui-même ; ses ouvrages de kalām (al-Tamhīd, al-Ibāna, al-Inṣāf) ont façonné la méthode rationnelle de démonstration des attributs divins reprise ensuite par tous les mutakallimūn malikites du Maghreb et d’al-Andalus.

Ouvrage : Kitāb al-Ibāna ‘an Uṣūl al-Diyāna

Texte arabe (cité verbatim, avec attribution explicite au Kitāb al-Ibāna, par une source secondaire de commentaire doctrinal) :

{ فَإِنْ قَالَ: فَلِمَ أَنْكَرْتُمْ أَنْ يَكُونَ وَجْهُهُ وَيَدُهُ جَارِحَةً، إِنْ كُنْتُمْ لَا تَعْقِلُونَ وَجْهًا وَيَدًا إِلَّا جَارِحَةً؟ قِيلَ: لَا يَجِبُ هَذَا كَمَا لَا يَجِبُ إِذَا لَمْ نَعْقِلْ حَيًّا عَالِمًا قَادِرًا إِلَّا جِسْمًا، أَنْ نَقْضِيَ نَحْنُ وَأَنْتُمْ بِذَلِكَ عَلَى اللهِ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى… وَكَذَلِكَ الْجَوَابُ لَهُمْ إِنْ قَالُوا: يَجِبُ أَنْ يَكُونَ عِلْمُهُ وَحَيَاتُهُ وَكَلَامُهُ وَسَمْعُهُ وَبَصَرُهُ سَائِرَ صِفَاتِ ذَاتِهِ عَرَضًا، وَاعْتَلُّوا بِالْوُجُودِ. }

«Certains objectent : « Puisque vous ne pouvez imaginer un Yad ou un Wajh sans un corps physique, vous devriez admettre qu’Allah est un corps. »

La réponse est : C’est une erreur de raisonnement. Le fait que notre cerveau ne puisse concevoir la vie ou la puissance sans un corps physique ne prouve pas qu’Allah est un corps. C’est seulement la preuve que notre esprit humain a des limites.

Nous ne devons pas appliquer nos limites physiques à Allah. De la même manière qu’Allah est Vivant et Connaissant sans être un corps, Il a des attributs qui sont les Siens, et qui ne sont pas des « accidents » (des états passagers) comme ils le sont pour les créatures. »

Al-Bāqillānī établit ici la méthode caractéristique de l’école : la Vie divine (comme la Science, la Parole, l’Ouïe, la Vue) est un attribut réel de l’essence, sans que sa réalité oblige à lui prêter les modalités connues de la vie créée (corporéité, accident, etc.) — principe de « tanzīh sans ta’ṭīl » qui gouverne l’ensemble de la démonstration ash’arite des ṣifāt.

Ibn Rushd al-Jadd (m. 520 H.)

Qāḍī de Cordoue, chef des faqīh-s malikites d’al-Andalus en son temps, grand-père du philosophe Averroès (« Ibn Rushd al-Ḥafīd », dont il faut le distinguer nettement). Auteur du Bayān wa-l-Taḥṣīl et de fatāwā nombreuses, il est unanimement reconnu par la tradition biographique malikite comme un jurisconsulte de très haute autorité.

Ouvrage : Al-Muqaddimāt al-Mumahhidāt (t. I, p. 19-20) — traité doctrinal préambulaire, de nature kalāmique, précédant son grand œuvre de fiqh

{ وَإِذَا عَلِمْنَا أَنَّهُ عَالِمٌ قَادِرٌ مُرِيدٌ حَيٌّ عَلِمْنَا اسْتِحَالَةَ وُجُودِ الْعِلْمِ وَالْقُدْرَةِ وَالْإِرَادَةِ مِنَ الْمَوَاتِ. وَقَدْ نَبَّهَ اللهُ تَبَارَكَ وَتَعَالَى وَأَعْلَمَ بِهَذَا عَلَى قَوْلِهِ: ﴿هُوَ الْحَيُّ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ فَادْعُوهُ مُخْلِصِينَ لَهُ الدِّينَ الْحَمْدُ لِلَّهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ﴾، وَقَوْلِهِ تَعَالَى: ﴿اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ لَا تَأْخُذُهُ سِنَةٌ وَلَا نَوْمٌ﴾، وَقَوْلِهِ: ﴿الم اللَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْحَيُّ الْقَيُّومُ نَزَّلَ عَلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ مُصَدِّقًا لِمَا بَيْنَ يَدَيْهِ﴾ يُرِيدُ عَزَّ وَجَلَّ مِنَ الْكُتُبِ الْمُنَزَّلَةِ عَلَى مَنْ قَبْلَهُ مِنَ الْأَنْبِيَاءِ، وَمِثْلُ هَذَا فِي الْقُرْآنِ كَثِيرٌ. }

« Et lorsque nous savons qu’Il est Connaissant, Puissant, Voulant, Vivant, nous savons l’impossibilité que la science, la puissance et la volonté existent chez ce qui est inanimé (al-mawāt). Allah — soubhanah— a attiré l’attention sur cela et nous l’a fait savoir par Sa parole : {C’est Lui le Vivant ; nulle divinité si ce n’est Lui ; invoquez-Le donc en Lui vouant un culte exclusif — la louange à Allah, Seigneur des mondes} [Ghāfir, 40/65], et par Sa parole : {Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même ; ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent} [al-Baqara, 2/255], et par Sa parole : {Alif, Lām, Mīm. Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même. Il a révélé sur toi le Livre avec la vérité, confirmant ce qui l’a précédé., confirmant ce qui l’a précédé} [Āl ‘Imrān, 3/1-2] — Il veut dire, Puissant et Majestueux qu’Il est, les Livres révélés aux prophètes qui l’ont précédé. Et de tels versets sont nombreux dans le Coran. »

Suite du raisonnement rationnel (fin p. 19 — début p. 20) :

{ وَإِذَا عَلِمْنَا أَنَّهُ حَيٌّ عَالِمٌ قَادِرٌ بَصِيرٌ سَمِيعٌ مُتَكَلِّمٌ مُدْرِكٌ لِجَمِيعِ الْمُدْرَكَاتِ مِنَ الْمَشْمُومَاتِ وَالْمَذُوقَاتِ وَالْمَلْمُوسَاتِ، لِاسْتِحَالَةِ خُلُوِّهِ مِنْهَا، إِذْ لَوْ خَلَا مِنْهَا لَكَانَ مَوْصُوفًا بِضِدِّهَا، وَأَضْدَادُهَا نَقَائِصُ يَسْتَحِيلُ وُجُودُهَا بِهِ تَعَالَى. إِذْ لَوْ جَازَتْ عَلَيْهِ صِفَاتُ النَّقْصِ وَصِفَاتُ الْكَمَالِ لَمَا اخْتَصَّ بِإِحْدَاهُمَا دُونَ صَاحِبَتِهَا إِلَّا بِمُخَصِّصٍ يُخَصِّصُهُ بِهَا، وَذَلِكَ بَاطِلٌ. وَإِذَا عَلِمْنَا أَنَّهُ حَيٌّ عَالِمٌ قَادِرٌ بَصِيرٌ سَمِيعٌ مُتَكَلِّمٌ مُدْرِكٌ لِجَمِيعِ الْمُدْرَكَاتِ عَلِمْنَا أَنَّ لَهُ عِلْمًا وَحَيَاةً وَقُدْرَةً وَإِرَادَةً وَسَمْعًا وَبَصَرًا وَكَلَامًا وَإِدْرَاكًا يُدْرِكُ بِهِ جَمِيعَ الْمَلْمُوسَاتِ، وَإِدْرَاكًا يُدْرِكُ بِهِ جَمِيعَ الْمَذُوقَاتِ، وَإِدْرَاكًا يُدْرِكُ بِهِ جَمِيعَ الْمَشْمُومَاتِ، لِاسْتِحَالَةِ وُجُودِ حَيٍّ بِلَا حَيَاةٍ، وَعَالِمٍ بِلَا عِلْمٍ، وَقَادِرٍ بِلَا قُدْرَةٍ، وَمُرِيدٍ بِلَا إِرَادَةٍ، وَسَمِيعٍ بِلَا سَمْعٍ، وَبَصِيرٍ بِلَا بَصَرٍ، وَمُتَكَلِّمٍ بِلَا كَلَامٍ، وَمُدْرِكٍ بِلَا إِدْرَاكٍ. }

Source : al-Muqaddimāt al-Mumahhidāt, Ibn Rushd al-Jadd, t. I, p. 19-20 .

« Et lorsque nous savons qu’Il est vivant, connaissant, puissant, voyant, entendant, parlant, percevant tout le perceptible parmi les choses olfactives, gustatives et tactiles — du fait de l’impossibilité qu’Il en soit dépourvu, car s’Il en était dépourvu Il serait qualifié par leur contraire, et leurs contraires sont des manques dont l’existence en Lui, Exalté soit-Il, est impossible. Car s’il Lui était possible d’avoir des attributs de manque comme des attributs de perfection, rien ne Le spécifierait pour l’un plutôt que pour l’autre sinon un facteur spécifiant — ce qui est nul. Et lorsque nous savons qu’Il est vivant, connaissant, puissant, voyant, entendant, parlant, percevant tout le perceptible, nous savons qu’Il possède science, vie, puissance, volonté, ouïe, vue, parole, et une perception par laquelle Il perçoit tout ce qui est tangible, une perception par laquelle Il perçoit tout ce qui est goûtable, une perception par laquelle Il perçoit tout ce qui est odorant — car il est impossible qu’existe un vivant sans vie, un connaissant sans science, un puissant sans puissance, un voulant sans volonté, un entendant sans ouïe, un voyant sans vue, un parlant sans parole, un percevant sans perception. »

Conclusion du chapitre (faṣl suivant, p. 20) :

{ فَهَذِهِ عَشْرٌ مِنْ صِفَاتِ ذَاتِهِ تَعَالَى لَا تُفَارِقُهُ وَلَا تُغَايِرُهُ، تُدْرَكُ مِنْ جِهَةِ الْعَقْلِ وَمِنْ جِهَةِ السَّمْعِ، وَلَا اخْتِلَافَ فِيهَا بَيْنَ أَحَدٍ مِنْ أَهْلِ السُّنَّةِ. }

Source : al-Muqaddimāt al-Mumahhidāt, Ibn Rushd al-Jadd, t. I, p. 20.

« Voici donc dix des attributs de Son essence — Exalté soit-Il — qui sont indissociables de Son Être et ni ne varient : ils sont perçus tant par la voie de la raison que par la voie de la transmission (sam’), et il n’y a sur eux aucune divergence parmi les gens de la Sunna. »

Ce texte, établit qu’Ibn Rushd al-Jadd — un siècle avant al-Sanūsī — développe déjà exactement le même raisonnement par l’impossibilité (istiḥāla) : un être connaissant, puissant, voulant, percevant, ne peut être conçu sans être d’abord vivant, sous peine de faire coexister en Lui un attribut et son contraire sans facteur spécifiant (mukhaṣṣiṣ). La Vie divine figure ainsi explicitement au rang des dix attributs de l’essence (ṣifāt al-dhāt) qu’il énumère, aux côtés de la Science, la Puissance, la Volonté, l’Ouïe, la Vue, la Parole et les trois perceptions (tactile, gustative, olfactive).

Qāḍī ‘Iyāḍ (m. 544 H.)

Qāḍī de Ceuta puis de Grenade, hāfiẓ, imam malikite de première importance en al-Andalus et au Maghreb, auteur du Shifā’ bi-Ta’rīf Ḥuqūq al-Muṣṭafā ﷺ, des Madārik (biographies des savants malikites) et de nombreux autres ouvrages.

Ouvrage : Al-Shifā’ bi-Ta’rīf Ḥuqūq al-Muṣṭafā ﷺ (p. 236 ) — chapitre sur les positions doctrinales relevant du takfīr

{ وَكَذَلِكَ مَنِ اعْتَرَفَ بِالْإِلَهِيَّةِ لِلَّهِ وَوَحْدَانِيَّتِهِ، وَلَكِنَّهُ اعْتَقَدَ أَنَّهُ غَيْرُ حَيٍّ أَوْ غَيْرُ قَدِيمٍ، وَأَنَّهُ مُحْدَثٌ أَوْ مُصَوَّرٌ، أَوِ ادَّعَى لَهُ وَلَدًا أَوْ صَاحِبَةً أَوْ وَالِدًا، أَوْ أَنَّهُ مُتَوَلِّدٌ مِنْ شَيْءٍ، أَوْ كَائِنٌ عَنْهُ، أَوْ أَنَّ مَعَهُ فِي الْأَزَلِ شَيْئًا قَدِيمًا غَيْرَهُ؛ أَوْ أَنَّ ثَمَّ صَانِعًا لِلْعَالَمِ سِوَاهُ، أَوْ مُدَبِّرًا غَيْرَهُ؛ فَذَلِكَ كُلُّهُ كُفْرٌ بِإِجْمَاعِ الْمُسْلِمِينَ؛ كَقَوْلِ الْإِلَهِيِّينَ مِنَ الْفَلَاسِفَةِ وَالْمُنَجِّمِينَ وَالطَّبَائِعِيِّينَ. }

Source : al-Shifā’ bi-Ta’rīf Ḥuqūq al-Muṣṭafā ﷺ, al-Qāḍī ‘Iyāḍ, p. 236, chapitre : Faṣl fī bayāni mā huwa min al-maqālāti kufrun wa mā yatawaqqafu aw yakhtalifu fīhi wa mā laysa bi-kufrin.

« De même, quiconque reconnaît la divinité d’Allah et Son unicité, mais croit qu’Il n’est pas Vivant ou qu’Il n’est pas Pré-éternel, qu’Il est advenu (muḥdath) ou façonné (muṣawwar), ou Lui prête un enfant, une compagne ou un père, ou prétend qu’Il serait engendré de quelque chose ou provenu de lui, ou qu’il existerait avec Lui, de toute éternité, une autre chose éternelle que Lui ; ou qu’il y aurait un autre créateur du monde que Lui, ou un autre gouverneur que Lui — tout cela est mécréance (kufr) par consensus des musulmans, à l’instar de la parole des théistes parmi les philosophes, les astrologues et les naturalistes. »

Ce texte établit qu’al-Qāḍī ‘Iyāḍ range explicitement la négation de la Vie divine (« ghayr ḥayy ») parmi les positions relevant du takfīr par consensus (ijmā’) des musulmans, au même rang que la négation de la Pré-éternité (al-qidam) ou l’attribution d’un enfant ou d’un associé à Allah. Il ne s’agit pas ici d’une démonstration rationnelle de l’attribut, comme chez al-Bāqillānī ou al-Sanūsī, mais d’une preuve doctrinale de son statut nécessaire (wājib) : le nier revient à sortir de l’islam, ce qui suppose que son établissement est de l’ordre du certain et de l’unanime (qaṭ’ī, ijmā’ī) dans l’ensemble de la communauté musulmane.

Abū ‘Amr al-Salālijī (m. 574 H.)

Enseignant à l’université al-Qarawiyyīn de Fès ; son al-‘Aqīda al-Burhāniyya fut le manuel de référence du kalām ash’arite dans le Maghreb islamique avant d’être supplanté, des siècles plus tard, par les ‘Aqā’id de al-Sanūsī.

Ouvrage : Al-‘Aqīda al-Burhāniyya (p. 26 ), traité de kalām ash’arite structuré autour des preuves rationnelles (dalā’il) sur chaque attribut

{ ثُمَّ اخْتِصَاصُ الْأَفْعَالِ بِأَوْقَاتِهَا وَخَصَائِصِ صِفَاتِهَا بَدَلًا مِنْ نَقَائِضِهَا الْجَائِزَةِ عَلَيْهَا دَلِيلٌ عَلَى أَنَّهُ تَعَالَى مُرِيدٌ، وَثُبُوتُ هَذِهِ الصِّفَاتِ دَلِيلٌ عَلَى أَنَّهُ تَعَالَى حَيٌّ؛ لِاسْتِحَالَةِ ثُبُوتِ الصِّفَاتِ الْمَشْرُوطِ مَعَ انْتِفَاءِ شَرْطِهِ. }

« Puis la spécification des actes en leurs temps et les particularités de leurs attributs, plutôt que leurs contraires — cela Lui étant possible — est la preuve qu’Il est, Il est Exalté, Voulant ; et l’établissement de ces attributs [la Puissance et la Volonté] est la preuve qu’Il est, Il est Exalté, Vivant : car il est impossible que l’attribut conditionné soit établi alors que sa condition fait défaut. »

Al-Salālijī nomme ici explicitement, un siècle avant al-Sanūsī, la Vie comme sharṭ (condition) et la Puissance/Volonté comme mashrūṭ (conditionné) — la même hiérarchie logique que celle exposée dans l’introduction de cette étude : la Vie divine se déduit nécessairement de l’établissement des attributs actifs, puisqu’un attribut conditionné ne peut exister sans sa condition.

Suite du raisonnement (même page) — sur l’ouïe, la vue, la parole et la perception :

{ ثُمَّ الْحَيُّ يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ سَمِيعًا بَصِيرًا أَوْ مُؤَفًا، وَكَذَلِكَ الْقَوْلُ فِي الْكَلَامِ وَالْإِدْرَاكِ؛ إِذْ كُلُّ قَابِلٍ لِنَقِيضَيْنِ لَا وَاسِطَةَ بَيْنَهُمَا يَسْتَحِيلُ أَنْ يُعْرَى عَنْهُمَا، فَلَمَّا اسْتَحَالَتِ النَّقَائِصُ عَلَى الْبَارِي تَعَالَى قَطْعًا وَجَبَ أَنْ يَكُونَ سَمِيعًا بَصِيرًا مُتَكَلِّمًا مُدْرِكًا. }

Source : al-‘Aqīda al-Burhāniyya, al-Salālijī al-Fāsī, p. 26 (même page).

« Puis le Vivant peut être doué d’ouïe et de vue, ou en être dépourvu — et il en va de même pour la parole et la perception ; car tout ce qui est susceptible de recevoir deux contraires sans intermédiaire entre eux ne peut demeurer dépourvu de l’un des deux. Or, puisque les manques sont assurément impossibles pour le Créateur, Il est Exalté, Il doit nécessairement être Entendant, Voyant, Parlant, Percevant. »

Conclusion du chapitre suivant (faṣl) — établissement conjoint des sept attributs éternels :

{ فَثَبَتَ مِنْ ذَلِكَ أَنَّ الْبَارِيَ تَعَالَى حَيٌّ بِحَيَاةٍ قَدِيمَةٍ، عَالِمٌ بِعِلْمٍ قَدِيمٍ، قَادِرٌ بِقُدْرَةٍ قَدِيمَةٍ، مُرِيدٌ بِإِرَادَةٍ قَدِيمَةٍ، سَمِيعٌ بِسَمْعٍ قَدِيمٍ، بَصِيرٌ بِبَصَرٍ قَدِيمٍ، مُتَكَلِّمٌ بِكَلَامٍ قَدِيمٍ؛ إِذِ الْمَوْصُوفُ بِالْقِدَمِ لَا يَدُلُّ بِمَا يَتَّصِفُ بِهِ عَلَى حُدُوثِهِ. }

Source : al-‘Aqīda al-Burhāniyya, al-Salālijī al-Fāsī, p. 26 (même page).

« Il est ainsi établi que le Créateur, Il est Exalté, est Vivant d’une Vie éternelle, Connaissant d’une Science éternelle, Puissant d’une Puissance éternelle, Voulant d’une Volonté éternelle, Entendant d’une Ouïe éternelle, Voyant d’une Vue éternelle, Parlant d’une Parole éternelle ; car ce qui est qualifié de préexistence (qidam) n’indique nullement, par ce dont il est qualifié, sa survenance (ḥudūth). »

Ce passage confirme qu’al-Salālijī, dès le VIe siècle hégirien, expose déjà la structure complète des sept ṣifāt al-ma’ānī avec la Vie en position de fondement logique — exactement la méthode que reprendront, des siècles plus tard, Ibn ‘Āchir, Mayyāra et al-Sanūsī.

Muḥammad ibn Yūsuf al-Sanūsī (m. 895 H.)

Le plus grand systématisateur du kalām ash’arite malikite du Maghreb ; ses ‘Aqā’id (al-Ṣughrā, al-Wusṭā, al-Kubrā) ont supplanté tous les manuels antérieurs, dont l’al-‘Aqīda al-Burhāniyya, et demeurent enseignées jusqu’à aujourd’hui dans tout le Maghreb islamique.

Ouvrage : Umm al-Barāhīn (« la Mère des preuves », dite al-‘Aqīda al-Ṣughrā ou al-Sanūsiyya)

{ وَأَمَّا افْتِقَارُ كُلِّ مَا عَدَاهُ إِلَيْهِ جَلَّ وَعَزَّ فَهُوَ يُوجِبُ لَهُ تَعَالَى الْحَيَاةَ وَعُمُومَ الْقُدْرَةِ وَالْإِرَادَةِ وَالْعِلْمِ، إِذْ لَوِ انْتَفَى شَيْءٌ مِنْهَا لَمَا أَمْكَنَ أَنْ يُوجَدَ شَيْءٌ مِنَ الْحَوَادِثِ، فَلَا يَفْتَقِرُ إِلَيْهِ شَيْءٌ، كَيْفَ وَهُوَ الَّذِي يَفْتَقِرُ إِلَيْهِ كُلُّ مَا سِوَاهُ. }

« Quant au fait que tout ce qui est autre que Lui — gloire et puissance à Lui — dépende de Lui, cela rend nécessaires pour Lui la Vie, ainsi que la Puissance, la Volonté et la Science dans leur pleine étendue ; car si l’un de ces attributs venait à manquer, aucune chose créée ne pourrait exister. Rien ne dépend donc de Lui sans qu’Il soit précisément Celui dont tout, hormis Lui, dépend. »

{ وَأَمَّا بُرْهَانُ وُجُوبِ اتِّصَافِهِ تَعَالَى بِالْقُدْرَةِ وَالْإِرَادَةِ وَالْعِلْمِ وَالْحَيَاةِ، فَلِأَنَّهُ لَوِ انْتَفَى شَيْءٌ مِنْهَا لَمَا وُجِدَ شَيْءٌ مِنَ الْحَوَادِثِ. }

Source : Umm al-Barāhīn (même passage, section des preuves rationnelles).

« Quant à la preuve de la nécessité pour Lui d’être qualifié de Puissance, de Volonté, de Science et de Vie : c’est que si l’un de ces attributs venait à manquer, rien parmi les choses créées n’existerait. »

Commentaire complémentaire (Ḥāshiyat al-Dasūqī sur Umm al-Barāhīn) :

{ وَمُرَادُهُمْ بِصِفَاتِ الْمَعَانِي: الصِّفَاتُ الَّتِي هِيَ مَوْجُودَةٌ فِي نَفْسِهَا، سَوَاءٌ كَانَتْ حَادِثَةً كَبَيَاضِ الْجِرْمِ مَثَلًا وَسَوَادِهِ، أَوْ قَدِيمَةً كَعِلْمِهِ تَعَالَى وَقُدْرَتِهِ، فَكُلُّ صِفَةٍ مَوْجُودَةٍ فِي نَفْسِهَا فَإِنَّهَا تُسَمَّى فِي الِاصْطِلَاحِ صِفَةَ مَعْنًى. }

Source : Ḥāshiyat al-Dasūqī ‘alā Sharḥ Umm al-Barāhīn, p. 149-150.

« Par attributs de sens (ṣifāt al-ma’ānī), ils entendent les attributs qui possèdent une existence propre, qu’ils soient contingents — telle la blancheur ou la noirceur d’un corps — ou éternels — telles la Science et la Puissance d’Allah. Tout attribut doté d’une existence propre est ainsi appelé, en terminologie technique, « attribut de sens ». »

Al-Sanūsī établit donc la Vie comme condition logique et ontologique des trois autres attributs actifs (Puissance, Volonté, Science) — le raisonnement se fondant sur le principe d’impossibilité (istiḥāla) : l’absence de l’un quelconque de ces quatre attributs rendrait impossible l’existence de tout événement créé (ḥādith).

Ibn ‘Āchir (m. 1040 H.) et Mayyāra (m. 1072 H.)

Savant d’origine andalouse établi à Fès, auteur du Murshid al-Mu’īn ‘alā al-Ḍarūrī min ‘Ulūm al-Dīn, poème didactique (rajaz) réunissant ‘aqīda ash’arite, fiqh malikite et voie soufie de Junayd ; texte le plus mémorisé dans l’enseignement traditionnel (« ‘atīq ») du Maroc jusqu’à aujourd’hui.

Ouvrage : Al-Murshid al-Mu’īn (matn, section Tawḥīd, vers énumérant les ṣifāt al-ma’ānī)

{ «حَيَاةٌ» مِنَ الصِّفَاتِ الْوَاجِبَةِ لِلَّهِ تَعَالَى: الْحَيَاةُ، وَهِيَ عِنْدَ أَئِمَّتِنَا الْأَشَاعِرَةِ صِفَةٌ تُصَحِّحُ لِمَنْ قَامَتْ بِهِ أَنْ يَتَّصِفَ بِالْإِدْرَاكِ. }

« Le terme « Vie » [placé par Ibn ‘Āchir] désigne l’un des attributs obligatoires pour Allah — Il est Exalté : la Vie, qui est, selon nos imams ash’arites, un attribut rendant valide, pour celui qui en est qualifié, de recevoir la perception (idrāk). »

Le vers d’Ibn ‘Āchir se contente d’énumérer les termes des sept attributs de sens sous une forme versifiée destinée à la mémorisation, tandis que le développement doctrinal qui les explicite provient du commentaire (sharḥ) postérieur.

Muḥammad ibn Aḥmad Mayyāra al-Fāsī (999–1072 H. / 1591–1662)

Faqīh et mutakallim de Fès, principal commentateur du Murshid al-Mu’īn d’Ibn ‘Āchir, tant en fiqh (al-Durr al-Thamīn, dit aussi al-Mawrid al-Mu’īn) qu’en ‘aqīda ; ses gloses sont demeurées la référence pédagogique standard dans tout le Maroc jusqu’à aujourd’hui.

Ouvrage : Al-Durr al-Thamīn wa-l-Mawrid al-Mu’īn (sharḥ sur le Murshid al-Mu’īn d’Ibn ‘Āchir)

{ وَإِنَّمَا لَمْ تَتَعَلَّقِ الْقُدْرَةُ وَالْإِرَادَةُ بِالْوَاجِبِ وَالْمُسْتَحِيلِ؛ لِأَنَّ الْقُدْرَةَ وَالْإِرَادَةَ لَمَّا كَانَتَا صِفَتَيْنِ مُؤَثِّرَتَيْنِ — وَمِنْ لَازِمِ الْأَثَرِ أَنْ يَكُونَ مَوْجُودًا بَعْدَ عَدَمٍ — لَزِمَ أَنَّ مَا لَا يَقْبَلُ الْعَدَمَ أَصْلًا كَالْوَاجِبِ لَا يَقْبَلُ أَنْ يَكُونَ أَثَرًا لَهُمَا، وَإِلَّا لَزِمَ تَحْصِيلُ الْحَاصِلِ. }

« Si la Puissance et la Volonté ne se rapportent pas au nécessaire (wājib) ni à l’impossible (mustaḥīl), c’est que la Puissance et la Volonté, étant deux attributs producteurs d’effet — et l’effet impliquant nécessairement une existence précédée d’une non-existence —, il s’ensuit que ce qui n’admet en aucune façon la non-existence, comme le nécessaire, ne peut recevoir leur effet ; sinon il faudrait obtenir ce qui est déjà obtenu. »

Ce passage, bien qu’il porte directement sur la Puissance et la Volonté plutôt que sur la Vie isolément, illustre la méthode de Mayyāra pour l’ensemble des attributs de sens : c’est précisément parce que la Vie est établie en amont, comme condition de possibilité, que la Puissance et la Volonté peuvent ensuite se voir attribuer un « objet de rattachement » (muta’allaq) limité au seul possible (jā’iz). La Vie divine, chez Mayyāra comme chez ses prédécesseurs, n’a quant à elle aucun objet de rattachement : elle est une qualification pure du sujet divin, condition de toutes les autres, mais non orientée vers un objet extérieur — à la différence de la Science ou de la Parole, qui s’étendent à tout ce qui est connaissable ou énonçable.

Conclusion

Sur sept siècles, de Kairouan à Fès, l’attribut de la Vie divine a été maintenu par les savants maghrébins et andalous comme un fondement logique et dogmatique incontestable. La trajectoire historique démontre une continuité parfaite : la Vie n’est pas seulement une qualité divine, c’est l’exigence intellectuelle sans laquelle l’existence même du monde créé deviendrait inconcevable.