L’Attribut de l’Éternité sans fin (« Al-Baqaa ») chez les Malikites Acharites au Maroc : Des premiers siècles à aujourd’hui
L’enracinement théologique de cet attribut
L’Attribut de l’Éternité. Dans la science de la croyance (‘Ilm al-Kalām) acharite, les attributs du Tout-Puissant sont classés en quatre catégories : l’attribut de l’essence (l’Existence), les attributs d’exemption (négatifs/privatifs), les attributs de sens et les attributs liés au sens. L’Éternité sans fin (Al-Baqā’) fait partie des cinq attributs d’exemption (qui sont : l’Éternité sans début, l’Éternité sans fin, la non-ressemblance aux créatures, le non-besoin absolu et l’Unicité). Ils sont appelés attributs « d’exemption » (Salbiyyah) car ils nient, au sujet du Tout-Puissant, ce qui ne Lui convient pas — ici, on nie l’anéantissement et la fin — sans que cela n’indique un sens existentiel indépendant qui s’ajouterait à Son Être.
Les savants se sont accordés sur le fait que le Tout-Puissant est éternel sans fin, qu’Il n’a pas été précédé par le néant et qu’Il ne sera jamais atteint par le néant. La doctrine selon laquelle se trouve l’Imam Al-Ach‘ari et ceux qui l’ont suivi est que l’Éternité sans fin est un attribut affirmé pour le Tout-Puissant. Cela diffère d’une nuance chez les maturidites, qui considèrent que l’Éternité sans fin est la continuité de l’existence elle-même et non un attribut distinct qui s’ajoute à l’existence de l’Être.
Allāh existe et Son existence n’a pas de fin ; il ne Lui advient aucun anéantissement. Puisqu’il a été établi au sujet de Dieu l’obligation de Son exemption de début, il est donc obligatoire à Son sujet l’exemption de fin. L’exemption de fin qui est obligatoire à Dieu est l’exemption de fin propre à Son Être : ce n’est pas autre que Lui qui Lui a attribué cet attribut. Dieu est exempt de fin par Lui-même et non par autre que Lui. Allāh Ta‘ālā dit :
﴾ وَيَبْقَى وَجْهُ رَبِّكَ ذُو الـجَلاَلِ وَالإِكْرَامِ ﴿ ce qui signifie : « L’Être de Ton Seigneur ne s’anéantit pas » [Soūrat Ar-Raḥmān / ’āyah 27]. Quant à la non-fin de certaines créatures de Dieu, comme le Paradis et l’Enfer, établie par l’unanimité, ce n’est pas une non-fin propre au Paradis et à l’Enfer ; car ils sont tous deux créés, et ce qui est créé ne possède pas la non-fin par soi-même. En effet, le Paradis et l’Enfer n’ont pas de fin parce que Dieu leur a voulu, de toute éternité, la non-fin ; ce n’est donc pas par eux-mêmes qu’ils n’ont pas de fin.
La place de cette croyance chez les malikites marocains à travers l’histoire
La grande majorité des savants du Maghreb extrême, depuis environ le cinquième siècle de l’Hégire — particulièrement après l’enracinement de l’école malikite en jurisprudence et acharite en croyance — a adopté cette conception des attributs. Ce cheminement a atteint son apogée pédagogique au onzième siècle de l’Hégire avec Abd al-Wahid Ibn Achir Al-Fasi (mort en 1040 H / 1631 apr. J.-C.). Il a composé son célèbre poème « Al-Mourchid Al-Mou’in ‘ala ad-Darouri min ‘Ouloum ad-Din« , qui est une épître sur les fondements de la religion selon l’école de l’Imam Malik, comprenant environ 317 vers sur la croyance, la jurisprudence et la spiritualité. Ibn Achir y a consacré un chapitre indépendant pour exposer les fondements du dogme selon l’école de l’Imam Abou Al-Hasan Al-Ach’ari.
Ibn Achir a résumé sa triple méthodologie dans un vers célèbre devenu l’emblème de l’école marocaine :
« En la croyance d’Al-Ach’ari et la jurisprudence de Malik, Et dans la voie de cheminement de Al-Jounayd le pieux. »
Ce texte a connu une immense notoriété, au point que la majorité des Marocains l’apprennent par cœur. Il s’est largement diffusé dans l’Occident musulman et reste jusqu’à ce jour la référence fondamentale pour l’enseignement de la croyance acharite dans les instituts et les écoles coraniques au Maroc, sous la supervision officielle des autorités chargées des affaires religieuses.
L’extrait du texte d’Ibn Achir
Le vers dans lequel il mentionne l’attribut de l’Éternité sans fin parmi les attributs obligatoires pour le Tout-Puissant est le suivant :
« Il est un devoir [de croire] pour le Tout-Puissant l’Existence et l’Éternité sans début, De même que l’Éternité sans fin et le non-besoin absolu qui est général. »
Son sens, selon les commentateurs du texte — à leur tête Mouhammad ibn Ahmad Mayyara Al-Fasi dans son explication « Ad-Dourr Ath-Thamin » — est que le Tout-Puissant n’a nullement besoin de quelqu’un pour Le spécifier ; c’est-à-dire un créateur qui Lui attribuerait l’existence, ni dans Son Être ni dans aucun de Ses attributs, car Son Éternité sans début et Son Éternité sans fin sont obligatoires. L’Éternité sans fin du Tout-Puissant est absolue et il est impossible de concevoir Son anéantissement, car seul « ce qui accepte le néant » a besoin de quelqu’un pour l’anéantir, et le Tout-Puissant est totalement exempté de cela.
La continuité de cet héritage dans l’enseignement religieux contemporain
Cette classification — l’Existence (attribut de l’essence), puis l’Éternité sans début et l’Éternité sans fin (attributs d’exemption) — est enseignée textuellement jusqu’à aujourd’hui. Les programmes officiels marocains dans l’enseignement traditionnel stipulent que parmi les attributs du Tout-Puissant figurent Son Existence, Son Éternité sans début et Son Éternité sans fin. Cet enseignement s’inscrit dans la matière de la croyance (Tawhid) en s’appuyant directement sur le poème d’Ibn Achir et l’explication de Mayyara.
Il convient de noter quelques nuances historiques :
Certains savants des premiers siècles, comme Abou Oumar Ibn Abd al-Barr (mort en 463 H), ont eu des divergences dans l’approche des textes. Toutefois, l’école acharite précise avec fermeté que la croyance authentique des prédécesseurs (le Salaf) consiste à adhérer aux textes tout en exemptant totalement le Tout-Puissant de toute ressemblance avec les créatures, rejetant ainsi toute interprétation littéraliste qui mènerait à l’assimilation (Tachbih).
Il existe également des divergences internes mineures entre les savants sunnites (comme entre Al-Ach’ari et Al-Maturidi) sur des détails sémantiques, tels que le fait que l’Éternité sans fin soit un attribut ajouté au sens de l’Existence ou non, et sur le nombre exact des attributs d’affirmation.
Ces éléments confirment que la position exposée ci-dessus est la position prédominante et officiellement établie chez la grande majorité des malikites acharites, affirmant la perfection absolue du Tout-Puissant.
