Cheikh Maouelainin : Le Sultan Bleu et le Protecteur du Sahara

par saidanathaliev@gmail.com | Alaouite, Souss-Massa | 0 commentaire

Entrée principale de la Zaouïa de Cheikh Ma El Aïnin à Tiznit, avec ses murs ocre, son portail traditionnel et son minaret en arrière-plan.

Né en 1829 en Mauritanie sous le nom de Mohamed Mustapha, le Cheikh Maouelainin (« l'eau des deux yeux ») est le symbole de la résistance saharienne. Fondateur de la ville de Smara et unificateur des tribus nomades, il a dédié sa vie à l'enseignement, à la piété et à la défense du Maroc contre les occupations espagnole et française.


Un destin lié au Trône Alaouite

Dès son plus jeune âge, le Cheikh manifeste des dispositions exceptionnelles. Son parcours est marqué par une relation de profonde fidélité avec les Sultans du Maroc :

  • Le Pèlerinage Royal : À 16 ans, il est envoyé à Marrakech. Le Sultan Moulay Abderrahmane l'intègre à la délégation de ses propres fils pour le pèlerinage à La Mecque, à bord du premier bateau à vapeur reliant Tanger à Alexandrie.
  • La mission au Sud : Son père l'envoie fonder une Zaouïa dans la région de Sakia El Hamra et Oued Eddahab pour unifier les tribus et diffuser la doctrine religieuse.

Smara : La cité spirituelle bâtie par tout le Maroc

La construction de la ville et de la Zaouïa de Smara est un chef-d'œuvre d'unité nationale. Pour bâtir ce centre au milieu du désert, le Cheikh a mobilisé les ressources du Royaume :

  • La route du désert : En 1888, il fait tracer la route entre Smara et Terfaya pour acheminer les matériaux.
  • Le bateau du Sultan : Le Sultan Moulay Abdelaziz envoie un navire chargé de matériaux et quatre artisans maîtres-maçons venus de Marrakech, Fès, Tanger et Tétouan, rejoints plus tard par un cinquième venu d'Oujda.
  • Le rayonnement : Smara devient un centre religieux, éducatif et social majeur, œuvrant sans relâche pour l'unité du territoire.

Le résistant au "Saham Bleu"

Face à l'avancée coloniale, le Cheikh Maouelainin se transforme en leader militaire.

  • Contre l'Espagne : Il unifie les tribus du Sahara et force les troupes occupantes à se replier vers le Sénégal.
  • Contre la France : Il s'installe à Tiznit pour organiser la libération du Nord du Maroc. Son influence est telle qu'il est capable de lever des milliers d'hommes pour défendre la souveraineté du pays.

La chute de la Kasbah et l'héritage

Le Cheikh s'éteint en 1910 à Tiznit, en plein combat. Trois ans plus tard, l'armée française lance une attaque violente contre la Zaouïa de Smara en l'absence des tribus.

  • Le bombardement : Sous les ordres du Lieutenant-colonel Moritz, la Kasbah, la mosquée et le minaret sont en grande partie détruits.
  • La mémoire : Malgré les ruines, le nom de Maouelainin reste gravé dans l'histoire comme le ciment entre le Sahara et le trône marocain. Ses descendants continuent de porter son message de science et de patriotisme.