Ahmed Ibn As-siddîq Al-Ghumârî : L’Imam Al-Hâfiz et le Maître de l’Ijtihâd

par saidanathaliev@gmail.com | Alaouite, Tanger | 0 commentaire

Portrait du Cheikh Ahmed ben Seddiq el-Ghoumari, célèbre savant marocain du Hadith et figure de la famille Ghoumari de Tanger.

Issu d'une lignée de savants et de descendants du Prophète ﷺ (Idrissides), Ahmed Ibn As-siddîq Al-Ghumârî (1901-1960) est une figure hors norme du XXe siècle. Surnommé l'Imam Al-Hâfiz pour sa maîtrise absolue du Hadîth, il a transcendé les frontières des écoles juridiques pour prôner un retour aux sources et un Fiqh adapté aux défis de la modernité.


Un héritage de science et de noblesse

Né au nord du Maroc dans la tribu des Banî Saïd, il réunit en lui la noblesse du sang et celle du savoir :

  • Côté paternel : Son père était un grand savant et éducateur de l'école soufie Shâdhilite Darqawite (la célèbre Zawiya As-Siddîqiyya de Tanger).
  • Côté maternel : Il est le petit-fils du célèbre maître Ahmed Ibn ‘Ajîba, auteur du tafsîr Al-Bahr al-Madîd. Dès l'enfance, il dévore les textes fondamentaux (Ibn ‘âshir, Al-Ajarrûmiya, Khalil) avant d'être envoyé à l'université Al-Azhar au Caire à l'âge de 19 ans pour approfondir son savoir.

Le parcours d'un savant universel

Ahmed Ibn As-siddîq ne s'est pas limité à une seule école. Son parcours témoigne d'une soif de science sans frontières :

  • Polyvalence juridique : Il maîtrisa le rite Malikite (auprès de son père), le rite Shafiite (auprès de l'Imam As-saqâ) et le rite Hanafite (auprès du Mufti d'Égypte Bakhît Al-Mutî‘î).
  • Le Muhaddith de l'Égypte : Il devint une référence mondiale en science du Hadîth au Caire, occupant des chaires d'enseignement prestigieuses et publiant de nombreux ouvrages d'authentification (Takhrîj).

L'Ijtihâd et le Fiqh comparé

Bien que formé dans l'école malikite, le Sheykh a progressivement opté pour l'Ijtihâd absolu.

  • Réforme du Fiqh : Il refusait l'attachement aveugle (Taqlid) et incitait les juristes à se baser sur les preuves authentiques du Hadîth.
  • Le Fiqh al-muqâran : Ses travaux en Fiqh comparé sont aujourd'hui d'un intérêt majeur, car ils offrent des solutions juridiques flexibles et adaptées à des contextes complexes (comme celui des musulmans de France), tout en respectant les règles strictes de la compétence savante.


Un juriste révolutionnaire et engagé

Le Sheykh n'était pas un savant de tour d'ivoire. Il fut un acteur engagé pour la liberté de son pays :

  • La résistance : Il fut l'un des architectes des révolutions de 1935 et 1949 contre le colonisateur espagnol, ce qui lui valut trois années d'emprisonnement.
  • L'ascétisme : Malgré sa richesse matérielle, il menait une vie simple et refusa systématiquement les postes de pouvoir pour préserver son indépendance et sa liberté de parole.
  • Fermeté et courage : Ses fatwas courageuses et sans diplomatie lui attirèrent souvent l'animosité des juristes conservateurs, le contraignant finalement à s'exiler de nouveau au Caire en 1956.

Mort et Héritage

Il s'éteignit en 1960 (1380 H), laissant derrière lui des élèves éminents à travers tout le monde musulman (Maroc, Égypte, Syrie, La Mecque). Son œuvre continue d'inspirer ceux qui cherchent à concilier la rigueur de la tradition prophétique avec les nécessités du temps présent.