Le nom de Tanger restera éternellement lié à celui de Sidi Bouarrakia. De son vrai nom Mohamed Al Haj Al Bakkali, ce chérif Idrissi n'était pas seulement un savant éminent dans les sciences du Hadith et du Fiqh, mais aussi un héros du Jihad qui a joué un rôle déterminant dans la récupération de la ville du Détroit sous le règne du Sultan Moulay Ismaïl.
"Bouarrakia Al Khadra" : Entre science et symbolique
Né dans la tribu des Béni Hassan (région de Tétouan), il fut formé au sein de la Zawiya Al Harayik. Sa piété et son érudition précoce le distinguaient déjà dans son enfance.
- L'origine du nom : Il avait l'habitude de porter un turban vert, une mode alors en vogue en Irak. Ce signe d'appartenance symbolique à la lignée de l'Imam Ali Ben Abi Taleb lui valut le surnom de "Bouarrakia Al Khadra".
- Le Savant : Sa maîtrise des doctrines de l'Islam et des textes sacrés en faisait une référence consultée par les pèlerins et les combattants.
Le Jihad pour la libération de Tanger
Sidi Bouarrakia ne s'est pas contenté de l'enseignement théorique. Animé par un patriotisme ardent, il quitta sa tribu pour rejoindre les rangs des Moujahidines alors que Tanger était occupée par les Anglais.
- Aux côtés du Gouverneur Rifi : Sa bravoure lui permit de côtoyer Ali Ben Abdallah Rifi, à qui le Sultan Moulay Ismaïl avait confié le siège de la ville.
- La victoire : En tant que commandeur religieux, il participa activement à la récupération de Tanger aux côtés du Kaïd Ahmed, fils du gouverneur. Ce succès militaire et spirituel assoit définitivement sa réputation dans tout le Nord-Ouest du Maroc.
Un héritage de charité et de dévouement
Après la libération, il consacra le reste de sa vie à la mystique et aux œuvres sociales. Sa demeure devint un centre d'affluence pour les pèlerins venus de tout le royaume.
- Bâtisseur de foi : Il fit d'importants dons financiers pour l'édification et l'entretien des lieux de culte à Tanger.
- Transmission : Il n'a jamais cessé d'enseigner aux combattants, rappelant que la force des armes doit toujours être guidée par la science de la religion.
Le Mausolée et le Moussem : Une tradition réhabilitée
Décédé vers 1130 de l'Hégire (1718), Sidi Bouarrakia fut inhumé dans sa propriété, là où il aimait se recueillir.
- Le sanctuaire des pèlerins : Historiquement, les Tangérois avaient pour coutume de visiter son mausolée avant d'embarquer pour le pèlerinage à La Mecque.
- Le Moussem de l'Aïd El Mawlid : Réhabilité en 2006 après une éclipse de 40 ans, le moussem de Sidi Bouarrakia célèbre le septième jour de la naissance du Prophète ﷺ. C'est un événement majeur où se mêlent cortèges d'offrandes, troupes folkloriques et veillées religieuses.
Aujourd'hui, situé en plein centre-ville près de la mosquée Mohammed V, son mausolée demeure un monument historique incontournable, témoignant de la grandeur de ce "Savant-Guerrier".

