Mounia bint Maymoun Doukali

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Couverture de la revue Mounia montrant une porte traditionnelle sculptée et l'inscription "Revue du Centre d'Études et de Recherches sur le Patrimoine Soufi de Marrakech".

Originaire de Meknès et établie à Marrakech, Mounia bint Maymoun Doukali est l'une des figures féminines les plus éminentes du soufisme marocain du VIe siècle de l'Hégire (XIIe siècle). Décédée en 595 H et enterrée près de Bab Dbaghine, elle est restée dans les mémoires pour son ascèse radicale et sa perception mystique hors du commun.

Une vie d'ascèse et de dévotion

Le célèbre chroniqueur Abou Yaqoub Ibn al-Zayyat, auteur du livre « At-Tachawouf », témoigne de l'état de détachement absolu dans lequel elle vivait.

  • Le dépouillement physique : Lorsqu'il lui rendit visite, il décrivit une femme si consumée par l'adoration et le jeûne qu'elle semblait n'être que « des os sans chair ».
  • Le lien constant avec le Divin : Parmi ses prodiges (Karamat), il est rapporté qu'elle entendait l'appel à la prière (Adhan) de manière spirituelle, où qu'elle se trouve, et ce son ne la quittait pas tant qu'elle n'avait pas accompli son obligation.

Le scrupule face au licite (Al-Wara')

Mounia bint Maymoun était dotée d'une intuition spirituelle aiguë concernant la nourriture. Son cœur et ses sens l'avertissaient de l'origine illicite (Haram) des aliments.

  • Le repas qui parle : Invitée chez un commerçant, son cœur se serra à la vue du repas. Bien qu'elle ait mangé un morceau par égard pour son hôte, elle fut privée de Dhikr (évocation) et d'actes surérogatoires pendant trois jours. Elle comprit alors que la nourriture était illicite, le repas lui-même l'en ayant avertie spirituellement.
  • Le détachement des richesses : Un jour de grande faim, elle trouva de l'argent apparu miraculeusement sous son tapis de prière. Loin de s'en réjouir, elle se prosterna et s'écria : « Ô mon Dieu, je n'ai pas besoin d'argent ! ». Aussitôt, l'argent disparut, prouvant sa préférence pour la pauvreté spirituelle.

La rencontre des Saints à la Mosquée de Sidi Chakkir

L'influence de Mounia bint Maymoun dépassait les remparts de Marrakech. Elle participait aux grands rassemblements spirituels de la région.

  • L'assemblée des 1000 Waliyates : Elle rapporta au Chaykh al-Azdi qu'une année, pas moins de 1000 femmes saintes s'étaient réunies à la mosquée de Sidi Chakkir (Sidi Chikr) pour le Dhikr annuel. Cette tradition de rassemblement dans ce lieu sacré perdure encore aujourd'hui.
  • Le signe de la fin : C'est dans cette même mosquée qu'elle pressentit sa propre mort. En rencontrant le Chaykh al-Azdi, elle lui confia : « C'est le signe que je dois me préparer pour mourir ». De retour à Marrakech, elle tomba malade et rendit l'âme peu après.

Un héritage de lumière

Même après sa mort, les témoins de l'époque ont continué à percevoir sa sainteté. Ibn al-Zayyat raconte avoir visité sa tombe et vu une « grande lumière » en sortir, signe de l'agrément divin et du haut degré de Wilaya qu'elle avait atteint.