Surnommé « le mangeur de glands » (belhout) ou « l’ignorant savant », Abou Yazza al-Yalanour (Moulay Bouazza) est un pilier incontournable du soufisme marocain. Contemporain d'Ahmed Rifa'i et d'Abdelkader al-Jilani, il vécut jusqu'à l'âge de 130 ans, marquant les esprits par ses prodiges éclatants et son humilité désarmante. Même le grand Abou Madyan disait de lui qu'il n'avait jamais rencontré de wali dont l'histoire égalait la sienne.
L'humilité d'un "Petit Esclave" d'Allah
D'origine berbère et issu du djebel Irroujan, Moulay Bouazza était un homme à la stature imposante et à la voix forte, mais au cœur d'une douceur infinie.
- Le service des autres : Il commença son chemin en servant 40 awliyas. Sa piété se manifestait par le sacrifice de son nafs : il travaillait comme serviteur et donnait ses propres repas aux autres, se contentant de plantes et de farine de glands.
- L'analphabétisme apparent : Lorsqu'on l'accusait d'être ignorant, il répondait avec une sincérité désarmante : « C'est vrai, je suis ignorant ! Je n'ai appris que ce qu'Allah m'a prédestiné d'apprendre ». Il ne connaissait que le minimum nécessaire (Al-Fatiha et les sourates de protection), mais possédait la science des cœurs.
Le Maître des Lions et de la Nature
La relation de Moulay Bouazza avec le monde animal est l'un des aspects les plus célèbres de sa vie, symbolisant sa maîtrise sur les forces de la nature.
- Le dompteur de fauves : On raconte qu'il tirait les oreilles des lions comme s'il s'agissait de simples chats. Ses visiteurs étaient souvent stupéfaits de trouver leurs ânes attendant paisiblement aux côtés de lions sauvages sous la protection du saint.
- La marche sur l'eau : Face aux sceptiques, il affirmait que si le besoin s'en faisait sentir, il marcherait sur la mer pour prouver que les prodiges (Karamats) sont une réalité accordée par Dieu à Ses alliés.
Le dévoilement des cœurs (Al-Kashf)
Sidi Bouazza possédait un don de perception spirituelle exceptionnel, capable de lire les intentions secrètes et de corriger les âmes égarées.
- La réponse aux testeurs : De nombreux savants venaient de loin (Fès, Sebta ou même Tunisie) pour le tester. Il répondait à leurs pensées avant même qu'ils ne parlent, révélant leurs péchés cachés ou leurs doutes pour les mener au repentir.
- L'ordre du Maître : Interrogé par son cheikh, Moulay Bouchaïb, sur la raison pour laquelle il dévoilait ainsi les gens, il répondit : « Je jure par Allah que j'en ai eu l'ordre, sinon je ne l'aurais pas fait ».
Un héritage de générosité
Lorsqu'on lui demanda après sa mort, dans un rêve, comment il avait atteint un tel degré de sainteté, il répondit simplement : « Je donnais à manger aux pauvres ».
- La pluie bienfaisante : En période de sécheresse, son humilité était telle qu'il se jetait à terre en se traitant de "petit esclave", et la pluie tombait instantanément.
- Le miracle du fils : Juste avant de s'éteindre en 572 H, il transmit sa baraka à son propre fils par un simple contact, transformant un pécheur en un homme de Dieu.

