Mounyah bint Maymoun Doukali : Figure Éminente du Soufisme Marocain du XIIe Siècle

par saidanathaliev@gmail.com | Almoravides, Femmes de Science et de Lumière., Marrakeche | 0 commentaire

Couverture de la revue Mounia montrant une porte traditionnelle sculptée et l'inscription "Revue du Centre d'Études et de Recherches sur le Patrimoine Soufi de Marrakech".

Mounyah bint Maymoun est Originaire de Meknès et établie à Marrakech, Mounia bint Maymoun Doukali est l'une des figures féminines les plus éminentes du soufisme marocain du VIe siècle de l'Hégire (XIIe siècle). Décédée en 595 H et enterrée près de Bab Dbaghine, elle est restée dans les mémoires pour son ascèse radicale et sa perception mystique hors du commun.

Une vie d'ascèse et de dévotion

Le célèbre chroniqueur Abou Yaqoub Ibn al-Zayyat, auteur du livre « At-Tachawouf », témoigne de l'état de détachement absolu dans lequel elle vivait.

  • Le dépouillement physique : Lorsqu'il lui rendit visite, il décrivit une femme si consumée par l'adoration et le jeûne qu'elle semblait n'être que « des os sans chair ».
  • Le lien constant avec le Divin : Parmi ses prodiges (Karamat), il est rapporté qu'elle entendait l'appel à la prière (Adhan) de manière spirituelle, où qu'elle se trouve, et ce son ne la quittait pas tant qu'elle n'avait pas accompli son obligation.

Le scrupule face au licite (Al-Wara')

Mounia bint Maymoun était dotée d'une intuition spirituelle aiguë concernant la nourriture. Son cœur et ses sens l'avertissaient de l'origine illicite (Haram) des aliments.

  • Le repas qui parle : Invitée chez un commerçant, son cœur se serra à la vue du repas. Bien qu'elle ait mangé un morceau par égard pour son hôte, elle fut privée de Dhikr (évocation) et d'actes surérogatoires pendant trois jours. Elle comprit alors que la nourriture était illicite, le repas lui-même l'en ayant avertie spirituellement.
  • Le détachement des richesses : Un jour de grande faim, elle trouva de l'argent apparu miraculeusement sous son tapis de prière. Loin de s'en réjouir, elle se prosterna et s'écria : « Ô mon Dieu, je n'ai pas besoin d'argent ! ». Aussitôt, l'argent disparut, prouvant sa préférence pour la pauvreté spirituelle.

La rencontre des Saints à la Mosquée de Sidi Chakkir

L'influence de Mounia bint Maymoun dépassait les remparts de Marrakech. Elle participait aux grands rassemblements spirituels de la région.

  • L'assemblée des 1000 Waliyates : Elle rapporta au Chaykh al-Azdi qu'une année, pas moins de 1000 femmes saintes s'étaient réunies à la mosquée de Sidi Chakkir (Sidi Chikr) pour le Dhikr annuel. Cette tradition de rassemblement dans ce lieu sacré perdure encore aujourd'hui.
  • Le signe de la fin : C'est dans cette même mosquée qu'elle pressentit sa propre mort. En rencontrant le Chaykh al-Azdi, elle lui confia : « C'est le signe que je dois me préparer pour mourir ». De retour à Marrakech, elle tomba malade et rendit l'âme peu après.

Son décès et son rang historique

La sainte Mounyah bint Maymoun est décédée en l'an 595 de l'Hégire (l'année même de la mort du calife Yaqub al-Mansur). Elle fut enterrée à l'extérieur de Bab ad-Dabbaghin à Marrakech, où sa tombe demeure un lieu connu, visité par les musulmans qui y recherchent les bénédictions (at-tabarrouk) par l'intercession des pieux.

Elle n'était pas une figure passagère. Elle fut l'une des plus éminentes soufies du Maroc. Un historien contemporain l'a qualifiée de « mémoire de référence de la vie soufie », un rang d'excellence rarement attribué, qui témoigne de son rôle majeur dans la préservation et la transmission du savoir spirituel. Elle atteignit des degrés de science et de piété équivalents à ceux des plus grands maîtres hommes de son temps.

Le grand savant, le Cadi At-Tadili, qui comptait parmi les plus illustres érudits du Maroc, a expressément mentionné avoir recherché la bénédiction (tabarrouk) auprès d'elle. Le fait qu'un savant de sa stature recherche sa bénédiction constitue un témoignage historique irréfutable de son haut rang.

Les caractéristiques de son Soufisme authentique

Le soufisme de la dame Mounyah était un modèle de soufisme authentique, c'est-à-dire un soufisme qui unit la Loi religieuse (ach-Chari'ah) à la Réalité spirituelle (al-Haqiqah), et la science à la pratique. Ses caractéristiques fondamentales étaient :

  1. La stricte conformité à la Chari'ah : Son soufisme n'était pas détaché de la Loi. Il était fermement ancré dans la mise en pratique du Livre de Dieu (le Coran) et de la Sounnah de Son Messager ﷺ. C'est l'alliance parfaite entre la jurisprudence (al-fiqh) et le soufisme.

  2. Le combat contre le bas-monde et l'âme (Moujahadatoun-Nafs) : Elle sacrifiait le confort de son corps pour triompher des passions de l'âme, ce qui s'apparente au « grand jihad » de l'âme.

  3. Des chaînes de transmission scientifiques de confiance (Asanid) : Elle n'inventait rien d'elle-même. Elle a puisé ses connaissances auprès des savants de son époque à travers des chaînes de transmission authentiques, ce qui préserve sa spiritualité de toute illusion ou hérésie.

  4. L'éducation spirituelle orientée vers le profit des gens : Elle enseignait le dhikr et guidait la communauté vers le bien, sans s'emmurer dans l'isolement.

  5. La joie dans l'épreuve : Le grand cheikh Soufi Sidi Muhammad Moustafa Ma' al-'Aynayn a décrit son état spirituel par cette formule profonde : « La présence de la joie dans le cœur lors de la survenue de l'affliction et de l'épreuve ». Elle trouvait la paix et la lumière divine au cœur même des difficultés.

Mentions dans les ouvrages des historiens et des savants

La vie et le rang de cette sainte ont été documentés par les plus grands biographes :

  • Le Cadi Al-'Abbas bin Ibrahim as-Samlali l'a mentionnée dans son ouvrage de référence « Al-I'lam bi man halla Marrakouch wa Aghmat min al-A'lam », en disant : « La dame Mounyah bint Maymoun ad-Doukkali, célèbre chez les gens sous le nom de Maymounah Taknout, est originaire de Meknès et s’est installée à l’est de Marrakech. Elle était connue pour son ascétisme, sa piété et sa dévotion. »

  • Ibn az-Zayyat, dans son célèbre livre « At-Tachawwouf ila Rijal at-Tassawwouf », rapporte l'avoir visitée en personne et témoigne : « J'ai visité Mounyah, et j’ai trouvé une vieille femme qui avait noirci à cause de son effort dans l'adoration, sa peau collant à ses os. »

  • Ahmad bin Ibrahim al-Azd al-Basti a consigné son miracle concernant la prédiction de la mort dans ses chroniques sur le Ribat de Chaker.

Conclusion

Aujourd'hui, plus de huit siècles après son décès, le nom de Mounyah bint Maymoun ad-Doukkaliyyah continue d'être évoqué avec un profond respect au Maroc et dans le monde musulman. Sa vie demeure un modèle de ce qu'est une femme vertueuse en Islam : une savante, une éducatrice et une sainte qui a vécu pour l'amour de Dieu, en conformité totale avec la voie du Prophète ﷺ, laissant derrière elle une lumière qui continue d'éclairer les cœurs des croyants.