Né à Tanger au VIe siècle, Ibnou Al-Arif était un faqih malikite d'une piété exemplaire. Son nom, rappelant l'humble métier de gardien de nuit de son père, ne laissait présager que sa grandeur spirituelle. Fondateur de l'école de soufisme d'Alméria, il est l'un des ancêtres spirituels majeurs de la Tariqa Chadiliya, bien que sa vie ait été prématurément fauchée par la trahison et la jalousie.
L'Exil à Alméria et la jalousie du Juge
Installé en Andalousie, à Alméria, Ibnou Al-Arif attirait une foule de disciples avides de science et de bon comportement. Ce succès finit par irriter le juge de la ville qui, par pur ressentiment, décida de le dénoncer au Sultan Almoravide à Marrakech, Ali Ibn Youssouf Ibn Tachfine.
- La calomnie : Le juge prétendit que le savant enseignait l'Ihya 'Ouloum ad-Din d'Al-Ghazali, un ouvrage alors interdit et brûlé par décret royal en raison de la présence de hadiths jugés trop faibles (da’if).
- Le miracle du captif : Arrêté et enchaîné par le gouverneur, Ibnou Al-Arif invoqua la justice divine. Peu après, des pirates attaquèrent leur navire : ils capturèrent le gouverneur mais relâchèrent le savant à Sebta, réalisant ainsi son dou^a.
Le martyre à Marrakech
Malgré les excuses du Roi, Ibnou Al-Arif choisit de se rendre à Marrakech. C'est là que le juge d'Alméria, ne renonçant pas à sa haine, mit au point un plan machiavélique.
- Le poison : Connaissant les goûts du savant, il lui fit servir son plat préféré, des aubergines, dans lequel il avait versé du poison. Ibnou Al-Arif en mourut, rejoignant ainsi le rang des martyrs.
- La justice du Sultan : Profondément attristé, le roi Ali Ibn Youssouf exila le juge dans le Souss et ordonna qu'il subisse le même sort funeste par le poison.
Un pilier du savoir et de la Wilaya
Ibnou Al-Arif repose aujourd'hui au cœur de la médina de Marrakech, près de la tombe du Cadi Ayyad. Bien qu'il ne soit pas compté parmi les "Sept Saints" officiels, son statut de wali et de savant est incontesté au Maroc.
(H3) : Un maître de savants
Il a formé des esprits brillants qui ont perpétué son héritage :
- Abou Bakr Ibnou l-Khayr : Le célèbre auteur d'Al-Fahrasa, référence incontournable chez les malikites.
- Abou l-Hassan Ali Ibnou Ghalib : Grand spécialiste du hadith et l'un des maîtres du célèbre Abou Madyan.
La définition du véritable disciple
L'école de soufisme fondée par Ibnou Al-Arif à Alméria mettait la barre très haut en matière de réalisation spirituelle. À la question : « À quel moment sait-on qu’on est devenu mourid (disciple engagé) ? », il répondait que le signe était la manifestation de prodiges (Karamats) tels que :
- Marcher sur l'eau.
- Le don de se déplacer à grande vitesse (Tayy al-Ard).
- L'exaucement immédiat des prières (Dou^as).
Face à cette exigence de pureté et de force spirituelle, ses propres élèves restaient dans l'admiration et l'humilité, mesurant le chemin qu'il leur restait à parcourir.

