L’Imam Abou al-‘Abbas Ahmad ibn Yahya al-Wansharisi

par saidanathaliev@gmail.com | Fès, Wattassides | 0 commentaire

Homme en djellaba blanche priant dans la salle de prière de la mosquée Al Quaraouiyine à Fès, devant le mihrab, avec un livre de jurisprudence islamique en premier plan.

Le porteur de l’étendard de l’école Malékite au IXe siècle de l’Hégire

 Son nom, sa lignée et son surnom

C’est le savant polyvalent, le juriste accompli, le compilateur le plus brillant, le porteur de l’étendard de l’école Malékite à son époque : Abou al-‘Abbas Ahmad ibn Yahya ibn Mouhammad ibn ‘Abd al-Wahid ibn ‘Ali al-Wansharisi, originaire et de souche de Tlemcen, résident et enterré à Fès.

Il fut nommé « al-Wansharisi » en référence à sa terre natale dans les montagnes de l’Ouarsenis. Ces montagnes, comme le décrivent les historiens, sont des monts impressionnants et élevés dans l’Atlas tellien, habités par les tribus zénètes de Maghraoua.

Sa naissance et son environnement

Il est né vers l’an 834 H / 1430 M dans la région de Al-Hajalwa dans les montagnes de l’Ouarsenis (actuelle commune d’El Azharia, wilaya de Tissemsilt, Algérie), où il a appris le Noble Coran et les bases de la langue arabe à l’école de son village.

L’époque de l’Imam al-Wansharisi a connu des troubles politiques, mais a également été témoin d’une prospérité culturelle remarquable, particulièrement à Tlemcen. La période zianide finale dans laquelle il a vécu se distinguait par un contraste frappant entre l’instabilité politique et la richesse culturelle ; sur le plan politique, les coups d’État étaient constants au sein de la dynastie zianide, auxquels s’ajoutaient les pressions de l’État Hafside en Tunisie et Mérinide au Maroc.

Son apprentissage

Lorsque son père remarqua son amour pour la science et son application dans sa quête, il l’emmena à la ville de Tlemcen, qui était alors le centre de la science et des savants du Maghreb central, où il étudia auprès de l’élite de ses savants.

Ses maîtres

L’Imam al-Wansharisi a étudié auprès d’un groupe éminent de savants de Tlemcen, parmi lesquels :

  • L’Imam Abou al-Fadl Qasim ibn Sa’id al-‘Uqbani (m. 854 H) : Ahmad Baba a dit de lui : « Cheikh de l’Islam, mufti des gens, le savant unique, le mémorisateur, le modèle, l’érudit, le mujtahid qui a vécu longtemps, et il a occupé la fonction de juge pendant plus de quarante ans. »

  • Son fils, le juge Abou Salim Ibrahim ibn Qasim al-‘Uqbani (m. 880 H).

  • Son petit-fils, le juge Mouhammad ibn Ahmad ibn Qasim al-‘Uqbani (m. 871 H).

  • L’Imam Abou ‘Abd Allah Mouhammad ibn al-‘Abbas, connu sous le nom d’Ibn al-‘Abbas (m. 871 H), le maître des maîtres de son temps à Tlemcen, juriste, exégète et grammairien.

  • Le mémorisateur et érudit Abou ‘Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad ibn al-Jallab (m. 875 H).

  • Le savant Abou al-‘Abbas Ahmad ibn Zakri al-Tilimsani (m. 899 H).

  • Le savant Abou ‘Abd Allah Mouhammad ibn Mouhammad ibn Marzuq al-Kafif (m. 910 H), qu’al-Wansharisi a décrit comme : « Le juriste, le mémorisateur, l’éloquent, le rapporteur de hadiths et le transmetteur ».

  • L’Imam Abou Zakariya Yahya al-Mazouni, auteur de Ad-Durar al-Maknouna fi Nawazil Mazouna, dont al-Wansharisi a dit : « Le maître unique, le savant éminent, notre cheikh, notre bienfaiteur, notre refuge, notre maître et la bénédiction de notre pays. »

  • Le cheikh Mouhammad ibn al-Hasan ar-Rashidi, connu sous le nom d’Abarkan (m. 868 H), juriste malékite et expert en hadith, auteur de Az-Zand al-Wari.

Son épreuve et son voyage

On connaissait l’Imam Ahmad al-Wansharisi comme étant d’une fermeté exemplaire concernant les lois de la religion, ne craignant, pour Allah, le blâme de personne ; c’est pourquoi il n’avait que peu de relations avec les princes de son temps. Le sultan zianide a tenté de le soumettre, confisquant ses biens et faisant irruption dans sa demeure pour la démolir. L’Imam en sortit sain et sauf et quitta Tlemcen, contraint, pour se diriger vers Fès au Maroc.

Cela eut lieu au début du mois de Mouharram de l’an 874 H / 11 juillet 1469 M. À son arrivée à Fès, il fut accueilli avec honneur et considération par ses habitants ; ses savants et juristes le célébrèrent, et les étudiants affluèrent pour tirer profit de ses cours et de sa science, ce qui lui fit oublier son exil. Il s’y installa avec sa famille et y résida, se consacrant à l’enseignement de Al-Moudawwanah et du Mukhtasar d’Ibn al-Hajib, étant pleinement compétent dans la jurisprudence malékite, aussi bien dans l’enseignement, l’écriture que dans la délivrance de fatwas.

Sa position et ce que les savants ont dit de lui

Ses contemporains et ses élèves ont témoigné de sa valeur :

Ibn Ghazi al-Miknasi a dit, alors qu’al-Wansharisi passait devant la mosquée Al-Qarawiyyin : « Si un homme jurait par le divorce que Abou al-‘Abbas al-Wansharisi a maîtrisé l’école de Malik, ses fondements et ses branches, il serait véridique dans son serment et son épouse ne serait pas divorcée ; cela en raison de son étendue, de sa grande érudition, de sa mémorisation et de sa maîtrise. Quiconque lit ses ouvrages en conclut de même. »

Ibn ‘Askar a dit dans Dawhat an-Nashir : « Le cheikh, l’Imam, le savant éminent, le compilateur le plus brillant, le juriste le plus accompli, la mer profonde, l’étoile brillante, la preuve des Maghrébins face aux gens des autres contrées, leur fierté que nul ignorant ni savant ne peut nier… Il faisait partie des grands savants ancrés et des imams vérificateurs. »

Ahmad al-Manjour a dit dans son Fahrasah : « Il était assidu à l’enseignement de Al-Moudawwanah et du livre d’Ibn al-Hajib. Il était un participant dans tous les arts de la science, bien que, lorsqu’il se consacrait à l’enseignement de la jurisprudence, ceux qui ne le connaissaient pas disaient qu’il ne savait rien d’autre. Il était si éloquent dans sa langue et sa plume que certains de ceux qui assistaient à ses cours disaient : « Si Sibawayh était présent, il apprendrait la grammaire de sa bouche. » »

Ibn Ghazi lui a également dédié une épître intitulée : Al-Isharat al-Hissan ila Habr Fès wa Tlemcen (Les indications bienveillantes vers le savant de Fès et de Tlemcen).

Ses élèves

Un grand nombre de savants et de juristes, ayant atteint des rangs élevés dans l’enseignement, la justice et la fatwa à Fès, ont été formés par lui, les plus célèbres étant :

  • Son fils, ‘Abd al-Wahid al-Wansharisi, le martyr du Mihrab, juge et mufti de Fès (m. 955 H).

  • Mouhammad ibn ‘Abd al-Jabbar al-Wartdaghiri, le juriste expert en hadith (m. 956 H).

  • Ibn Haroun al-Matghari Abou al-Hasan ‘Ali ibn Moussa.

Une chaire a été créée à la mosquée Al-Qarawiyyin, connue sous le nom de « Chaire de l’Imam al-Wansharisi », et son fils ‘Abd al-Wahid, le martyr du Mihrab, lui a succédé en 955 H.

Ses ouvrages

L’Imam a laissé un riche héritage jurisprudentiel, dont les plus importants sont :

  • Al-Mi’yar al-Mu’rib wa al-Jami’ al-Mughrib ‘an Fatawa ‘Ulama’ Ifriqiya wa al-Andalus wa al-Maghrib : une encyclopédie monumentale en douze volumes, dont la compilation a duré un quart de siècle, et grâce à laquelle il a mérité le titre de « porteur de l’étendard de l’école ».

  • Idah al-Masalik ila Qawa’id al-Imam Malik : parmi les premiers livres traitant des règles juridiques, incluant cent dix-huit règles.

  • Al-Manhaj al-Fa’iq wa al-Manhal ar-Ra’iq fi Adab al-Muwaththiq wa Ahkam al-Watha’iq : une source importante sur les règles de la justice et de l’acte notarié.

  • ‘Uddat al-Buruq fi Talkhis ma fi al-Madh-hab min al-Jumu’ wa al-Furuq.

  • Al-Wa’i li-Masa’il al-Ahkam wa at-Tada’i.

  • Ghinyat al-Mu’asir wa at-Tali ‘ala Watha’iq al-Fuchtali.

  • Fahrasatuhu (Son index de ses maîtres et de ses chaînes de transmission).

  • Kitab al-Wafiyat.

  • Asna al-Matajir fi Bayan Ahkam man Ghalaba ‘ala Watanihi an-Nasara wa lam Yuhajir : sa célèbre fatwa sur l’obligation de l’émigration pour les musulmans d’Andalousie.

Son décès et sa sépulture

L’Imam al-Wansharisi est décédé à Fès, la protégée, le vingt du mois de Safar de l’an 914 H, l’année même où les Espagnols s’emparèrent de la ville d’Oran.

Il est décédé à Fès à l’âge d’environ quatre-vingts ans. Son lieu de sépulture est à Fès ; il est donc celui qui est originaire et de souche de Tlemcen, résident et enterré à Fès.

Conclusion

L’Imam al-Wansharisi a réuni la maîtrise de la jurisprudence, des fondements, de la grammaire, de l’histoire et de la documentation. À son époque, il était une preuve pour les Maghrébins face aux autres régions. Son épreuve politique à Tlemcen a contribué à son transfert vers Fès, où il a réalisé la plus grande encyclopédie juridique malékite maghrébine : Al-Mi’yar al-Mu’rib, qui demeure une référence vivante pour les études jurisprudentielles et historiques jusqu’à ce jour.

Sources utilisées pour cette biographie :

  • Ibn Maryam at-Tilimsani, Al-Boustan fi dhikr al-awliya’ wa al-‘ulama’ bi-Tilimsan.

  • Ibn ‘Askar ash-Chefchaouni, Dawhat an-Nashir (éd. Mouhammad Hajji).

  • Ahmad al-Manjour, Fahrasat al-Manjour (éd. Mouhammad Hajji, Rabat 1396 H).

  • Az-Zarkali, Al-A’lam.

Que la paix et les éloges d’Allah soient sur notre maître Mouhammad, le Prophète de la guidée.