Biographie de l’Imam et Saint (Wali) Abou al-Hasan al-Chadhili

Que Dieu l’agrée.

Fondateur de la voie (Tariqa) Chadhiliyya.

Sa naissance et sa noble lignée

  • Abou al-Hasan al-Chadhili est le fondateur de la célèbre voie spirituelle sunnite connue sous le nom de Tariqa Chadhiliyya, dont l’enseignement repose sur l’équilibre entre la pratique religieuse et la vie active dans la société.

  • Sa lignée, par son père, remonte à notre maître al-Hasan ibn Ali ibn Abi Talib, que Dieu les agrée tous les deux.

  • Cette ascendance est confirmée par des biographes de renom tels qu’Ibn Khallikan, Ibn al-Imad al-Hanbali et Ibn Farhoun al-Maliki.

  • L’Imam al-Chadhili est né dans le village de « Ghoumara » au Maghreb extrême (actuel Maroc), près de la ville de Ceuta, aux alentours de l’an 595 de l’Hégire (1197).

  • Cette date est privilégiée par les spécialistes de sa biographie, à l’instar d’Ibn al-Sabbagh dans Dourrat al-Asrar et d’Ibn Ata Allah al-Iskandari dans Lata’if al-Minan.

  • Il a grandi dans un environnement marocain authentique, profondément imprégné par l’esprit de l’Islam et l’amour pour la noble famille du Prophète Mouhammed (صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ).

  • La tribu des « Bani Chadhila » dont il est issu était une tribu berbère établie dans le nord du Maghreb, près du mont ‘Alam.

  • Il devint célèbre par son affiliation à cette tribu (d’où l’appellation « al-Chadhili »), bien que sa noble ascendance rejoignant al-Hasan soit particulièrement mise en avant par les savants.

Son environnement et son éducation

  • Au septième siècle de l’Hégire, le Maghreb extrême traversait une période de transition politique entre le déclin de l’État almohade et l’aube de l’État mérinide.

  • Cette époque fut marquée par un dynamisme scientifique centré sur les villes de Fès et Marrakech.

  • Le mouvement du tasawwouf (soufisme) était bien enraciné au Maghreb, porté par des figures illustres comme Abou Madyan al-Ghawth et Mouhyi al-Din Ibn ‘Arabi.

  • C’est dans ce riche climat spirituel qu’al-Chadhili a grandi, recevant ses premières leçons dans sa ville natale avant de voyager pour quérir la science.

  • Sa famille, pieuse, veillait scrupuleusement à l’apprentissage par cœur du Saint Coran et des sciences de la religion.

Sa mémorisation et son apprentissage

  • L’Imam al-Chadhili a mémorisé l’intégralité du Saint Coran dès son plus jeune âge.

  • Il s’est ensuite plongé dans l’étude des sciences de la religion : la jurisprudence (fiqh), la grammaire, l’exégèse (tafsir) et la science du hadith.

  • Il a étudié auprès de nombreux cheikhs du Maghreb et d’Andalousie.

  • La ville de Fès était alors un phare scientifique majeur, regroupant des centaines d’érudits.

  • Il a excellé dans la science de la croyance (Tawhid/Kalam) selon l’illustre école Acharite (Acha’irite), qui était la doctrine officielle des juristes malikites du Maghreb.

  • Il a également étudié les fondements de la jurisprudence (Ousoul al-Fiqh) et les finalités de la Loi islamique (Chari’a).

  • Son élève Ibn Ata Allah al-Iskandari souligne dans Lata’if al-Minan la solidité de son savoir et sa compréhension profonde des enjeux doctrinaux et juridiques.

  • Néanmoins, son cheminement spirituel vers Allah le Tout-Puissant occupait une place prépondérante dans son cœur dès sa jeunesse.

  • Il préférait la compagnie des vertueux aux assemblées de débats, estimant que le savoir ne s’accomplit véritablement que par la purification de l’âme et la pratique spirituelle.

Ses voyages et expéditions scientifiques

  • Voyage en Orient (Irak) : Il se rendit d’abord en Irak, à Bagdad, à la rencontre du Cheikh vérificateur Abou al-Fath al-Wasiti, espérant trouver en lui le guide suprême de son temps. Lorsqu’ils se rencontrèrent, al-Wasiti lui conseilla de retourner au Maghreb en lui disant : « Retourne dans ton pays, car ton guide s’y trouve ». (Cité par Ibn Ata Allah).

  • Retour au Maghreb (Mont ‘Alam) : Suivant les conseils de son cheikh, il retourna au Maghreb et trouva l’Imam Abd al-Salam ibn Machich sur le mont ‘Alam près de Tétouan. Il demeura en sa compagnie et reçut de lui une éducation spirituelle parachevée.

  • Séjour en Tunisie : Avec l’autorisation d’enseigner accordée par son cheikh, il s’installa en Tunisie, dans la ville de « Chadhila » près de Kairouan (ce qui consolida le nom de sa voie), avant de s’établir à Tunis.

  • Exil en Égypte : Suite aux calomnies de certains fanatiques en Tunisie, il émigra en Égypte vers 642 de l’Hégire et s’installa à Alexandrie jusqu’à la fin de ses jours.

  • Voyages au Hedjaz : L’Imam accomplit le pèlerinage à de multiples reprises, profitant de ses séjours à La Mecque et à Médine pour rencontrer des savants et échanger spirituellement.

Ses cheikhs et maîtres spirituels

  • Le Cheikh Abou Abdoullah Ibn Harazam : L’un de ses premiers maîtres au Maghreb, de qui il prit les principes fondamentaux du tasawwouf.

  • Le Cheikh Abou al-Fath al-Wasiti (Bagdad) : Celui qui l’orienta vers son pays natal, une rencontre déterminante dans son parcours.

  • Le Cheikh Abd al-Salam ibn Machich al-Hassani (Mont ‘Alam) : Son maître principal et la source de sa voie. Il était l’un des plus grands saints de son temps et descendait également d’al-Hasan. Al-Chadhili disait : « Je n’ai trouvé personne qui m’ait fait parvenir sur le chemin de la droiture agréé par Allah si ce n’est le Cheikh Ibn Machich.». Il resta à ses côtés, obtint de lui l’habit soufi (Khirqa) et l’autorisation de transmettre (Ijaza). Ibn Machich mourut en martyr en l’an 622 de l’Hégire.

  • La chaîne de transmission du Cheikh Ibn Machich remonte jusqu’à notre maître Ali ibn Abi Talib par une lignée continue de maîtres, passant par Jabir ibn Abdoullah al-Ansari et Salman al-Farisi. C’est par cette voie que les chadhilis revendiquent leur connexion avec l’héritage prophétique du Prophète Mouhammed (صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ).

Ses écrits et héritages

  • L’Imam al-Chadhili n’a pas rédigé de nombreux livres, par choix assumé de privilégier l’enseignement oral et l’éducation directe. Il déclarait d’ailleurs que son « livre » était son disciple bien éduqué.

  • Toutefois, il a laissé un noble héritage :

    • Les Litanies (Ahzab et Awrad) : Le plus célèbre est le Hizb al-Bahr (La litanie de la Mer), qu’il est rapporté que le Prophète Mouhammed (صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ) aurait approuvé en songe. On compte aussi le Hizb al-Nour et le Hizb al-Barr. Ces litanies se sont largement diffusées dans le monde musulman.

    • Les Épîtres : Quelques lettres traitant de la spiritualité et du comportement, préservées par ses étudiants.

    • Les Sagesses (Hikam) : Des citations et des maximes rapportées par Abou al-Abbas al-Moursi et Ibn Ata Allah, compilées par ce dernier dans Lata’if al-Minan.

  • L’ouvrage de référence regroupant sa biographie est Dourrat al-Asrar wa Touhfat al-Abrar écrit par le disciple de son disciple, Ibn al-Sabbagh al-Siqilli (mort en 703 AH).

Ses disciples et continuateurs

  • Abou al-Abbas Ahmad al-Moursi (m. 686 AH) : Son successeur spirituel qui a enseigné la voie à Alexandrie.

  • Abou al-Abbas Ibn Ata Allah al-Iskandari (m. 709 AH) : Savant, muhaddith, juriste et soufi. Élève d’al-Moursi, il est l’auteur des Hikam Ata’iyya. Il diffusa la science d’al-Chadhili en Égypte et au Moyen-Orient.

  • Taj al-Din ibn Ata Allah : L’un de ses proches étudiants.

  • De nombreux érudits égyptiens qui l’ont accompagné durant son séjour à Alexandrie.

  • La voie Chadhiliyya s’est ensuite étendue sur tout le Maghreb, la Tunisie, l’Égypte, le Levant, le Hedjaz et l’Andalousie.

Son décès et son tombeau

  • L’Imam al-Chadhili est décédé le 28 Dhou al-Qi’da 656 AH (1258) alors qu’il se rendait au pèlerinage.

  • Il rendit l’âme dans le désert de « Aydhab » (Haute-Égypte), sur la côte de la mer Rouge.

  • Il fut inhumé à « Houmaythira », près de Aydhab, aux confins des frontières actuelles du Soudan. Son tombeau est connu et attire de nombreux visiteurs cherchant la bénédiction (tabarrouk).

  • Il avait environ soixante et un ans. À la fin de sa vie, ayant perdu la vue, il s’exclamait : « Ô Allah, je me suis détaché de tout autre que Toi, et j’ai ainsi perçu par le cœur la manifestation de Ta miséricorde.».

L’éloge des savants à son égard

  • Ibn Ata Allah al-Iskandari : « Il était un imam dans le discours fondé sur la Sounnah authentique, connaisseur du rite malikite, joignant la science à la pratique. »

  • Ibn Khallikan : « Il fut le cheikh de la voie en son temps, s’exprimant brillamment sur le tasawwouf. »

  • Ibn al-Sabbagh : « Je n’ai vu personne posséder un savoir plus complet et un meilleur enseignement que lui ; il n’acceptait dans sa voie personne ignorant les obligations religieuses (Al-Fara’id). »

  • L’Imam al-‘Izz ibn Abd al-Salam : Le grand savant de Syrie et d’Égypte disait de lui : « Je n’ai vu aucun saint chez qui les signes de la sainteté (Wilaya) étaient aussi manifestes. »

Ses vertus et ses prodiges (Karamat)

Il convient, selon la méthodologie scientifique et la doctrine sunnite, de distinguer les faits historiques avérés des récits populaires non fondés.

A. Les vertus documentées (Comportement et ascétisme)

  • Son attachement indéfectible aux sciences de la religion (fiqh et croyance acharite) avant le cheminement spirituel.

  • Son humilité proverbiale malgré son haut rang.

  • Sa lutte contre son ego (effort spirituel) par un grand détachement face aux mondanités. Lors de sa retraite au mont Zaghouan, il se nourrissait uniquement d’herbes sauvages et de feuilles de laurier-rose.

B. Les prodiges documentés dans les sources anciennes

  • Le récit connu comme le « prodige de l’immobilité de la montagne ». Al-Chadhili récitait la sourate Al-An’am et lorsqu’il parvint au verset :       ﴾ وَإِنْ تَعْدِلْ كُلَّ عَدْلٍ لَا يُؤْخَذْ مِنْهَا ﴿ (Celui qui meurt non-croyant sans s’être repenti, aucune compensation ne sera acceptée de sa part et aucun de ses actes ne sera récompensé), il fut saisi d’un état spirituel intense. Selon le narrateur rapporté par Ibn al-Sabbagh, la montagne tremblait avec ses mouvements et s’apaisait lorsqu’il s’arrêtait.

C. Les récits populaires non authentifiés

  • Certains récits tardifs évoquant une rencontre en Égypte où son interlocuteur aurait péri suite à un débat sur l’Unicité divine manquent de chaîne de transmission solide et relèvent de contes populaires (« on raconte ») et non de sources authentiques vérifiées.

  • La revue Da’wat al-Haqq (ministère des Awqaf marocain) rappelle qu’il faut filtrer les ouvrages tardifs pour ne retenir que ce qui est authentique.

D. La vision du prodige selon l’Imam lui-même

  • L’Imam al-Chadhili enseignait la véritable nature de la Karama (prodige) : « Il n’y a pas de plus grand prodige que le remplacement d’une mauvaise action par une bonne action ».

  • Il liait le prodige à la droiture sur le chemin de l’Islam : « Si tu désires Mon prodige, attache-toi à Mon obéissance et détourne-toi de Ma désobéissance ».

Les fondements de la voie Chadhiliyya

  1. L’équilibre : Ne pas délaisser la vie active ni les causes mondaines. Al-Chadhili affirmait : « Prends garde à ne pas délaisser ton gagne-pain sous couvert de t’en remettre à Dieu, ni à délaisser ta confiance en Dieu sous couvert de gagner ta vie ».

  2. Respect absolu de la Chari’a : Adhérence totale à la jurisprudence (fiqh malikite) et au dogme (acharite). « Celui qui n’a pas de Chari’a n’a aucune réalité spirituelle ».

  3. Le Rappel (Dhikr) secret : La voie privilégie le dhikr intérieur. « Évoque Allah en ton for intérieur plus que tu ne L’évoques publiquement. »

  4. Éducation et modération : Rejet des excès. La pratique repose sur la sincérité avec Allah le Seigneur des mondes, sous la supervision d’un maître éduquant le cœur.

La chaîne de transmission spirituelle (Silsila)

Le Prophète Mouhammed (صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ) ← L’Imam Ali ibn Abi Talib ← Al-Hasan al-Basri ← Habib al-Ajami ← Dawoud al-Ta’i ← Ma’rouf al-Karkhi ← Al-Sari al-Saqati ← Al-Jounayd al-Baghdadi ← Abou Bakr al-Chibli ← Abd al-Rahman al-Attar ← Abou al-Fadl al-Qourachi ← Youssouf al-Baghdadi ← Mouhammed al-Baghdadi ← Abou Mouhammed al-Madani ← Chou’ayb Abou Madyan al-Ghawth ← Abd al-Salam ibn Machich ← Abou al-Hasan al-Chadhili.

Conclusion L’Imam Abou al-Hasan al-Chadhili demeure l’une des figures majeures de l’Islam sunnite. Son enseignement se résume à son illustre conseil : « Je vous enjoins de faire preuve de piété (Taqwa) envers Allah en secret comme en public, d’agir conformément au Livre et à la Sounnah, et d’être véridiques avec Allah dans tout ordre et toute interdiction ».

Que Dieu lui accorde Sa vaste miséricorde.