Les attributs des Messagers et des Prophètes (que la prière et la paix soient sur eux)
Étude dogmatique documentée à la lumière de la voie des Gens de la Sunna et du Consensus selon la méthode Malikite Acharite, à travers les ouvrages des savants du Maghreb Al Aqsa et de l’Andalousie
Les attributs des Prophètes et des Messagers, que Allah les élève davantage en degré , comptent parmi les questions les plus éminentes de la science du Tawhid (monothéisme) et celles ayant l’impact le plus subtil dans la construction de la croyance authentique. C’est par eux que la station de la prophétie se distingue des autres stations de la création, et c’est par eux que l’on connaît la réalité du message et sa fonction de transmission entre Allah, exalté soit-Il, et Ses serviteurs. Les savants du Maghreb et de l’Andalousie, dans le cadre de la voie des Gens de la Sunna et du Consensus, selon la méthode Malikite en jurisprudence et Acharite en dogme, ont accordé un soin particulier à l’étude approfondie de cette question et à l’exposé détaillé de ses fondements.
Au point qu’elle est devenue l’une des évidences établies dans les textes de Tawhid maghrébins en circulation dans les Zaouïas, les écoles traditionnelles et les grandes mosquées, comme « La petite croyance Sanoussiya » connue sous le nom de « La Mère des Preuves » (Oumm al-Barahin) de l’Imam Mouhammed ibn Youssouf as-Sanoussi de Tlemcen (mort en 895 de l’Hégire), et ses multiples explications maghrébines. S’y ajoute le livre « Ach-Chifa bi ta’rif houqouq al-Moustafa » du Cadi Abou al-Fadl ‘Iyad al-Yahsoubi de Sebta, d’origine andalouse (mort en 544 de l’Hégire), qui a consacré une grande partie de son ouvrage à l’étude du sens de l’infaillibilité et des attributs obligatoires à l’égard du Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم, et la même règle se mesure à l’ensemble des Messagers et Prophètes.
Cette étude s’engage à présenter la question telle qu’elle a été établie par les tenants de cette école, tout en s’attachant à faire une distinction précise entre ce qui est vérifié et explicitement mentionné dans ses sources de référence, et ce qui peut faire l’objet de détails ou de divergences entre les commentateurs du texte de Sanoussi eux-mêmes. Ceci par fidélité à la méthode de vérification scientifique et par respect du critère de crédibilité.
La réalité de la Prophétie et du Message, et sa place dogmatique
Le Cadi ‘Iyad a établi dans « Ach-Chifa » que la vénération de la station prophétique est le fondement sur lequel repose la question de l’infaillibilité des Prophètes et de leurs attributs. Les Messagers, que la paix soit sur eux, en tant qu’ils sont envoyés par Allah, exalté soit-Il, avec les lois et les jugements, doivent obligatoirement posséder des attributs spécifiques inhérents à la fonction de communication et de transmission de la part d’Allah, pureté à Lui. Selon ce qui a été établi de plus authentique par les savants de cette école, ils sont au nombre de quatre : la véracité (As-Sidq), l’honnêteté (Al-Amana), la transmission (At-Tabligh), et la perspicacité (Al-Fatana). Ils sont véridiques et dignes de confiance dans ce qu’ils transmettent de la part d’Allah, exalté soit-Il, dotés de perspicacité pour contraindre les contradicteurs et leur apporter des preuves irréfutables, et ils sont chargés de transmettre ce que leur Seigneur, Qu’Il soit glorifié et exalté, leur a ordonné sans rien en dissimuler.
L’Imam as-Sanoussi a intégré ces fondements dans son texte « Oumm al-Barahin » sous une forme structurée et concise, dont l’explication est par la suite devenue une matière fondamentale dans l’enseignement de la science du Tawhid au Maghreb. Au point que les commentaires et annotations des savants maghrébins s’y sont multipliés successivement, parmi lesquels l’explication d’Ahmad ibn Mouhammed al-Maqqari, auteur de « Nafh at-Tib », l’explication d’Abou ‘Ali al-Hassan al-Yousi, et l’annotation d’Abou at-Tayyib al-Hassan ibn Mahdi az-Zayati, entre autres. Toutes tournent autour de l’établissement de ces quatre attributs et de leurs contraires.
Les attributs obligatoires à l’égard des Messagers
Premièrement : La Véracité (As-Sidq) La véracité à l’égard des Prophètes consiste en la conformité de leurs informations avec la réalité des choses, c’est-à-dire la conformité de ce qu’ils transmettent avec ce qui est auprès d’Allah, exalté soit-Il, que cela corresponde ou non à la croyance de celui qui est informé. Certains commentateurs maghrébins de la Sanoussiya l’ont définie comme étant la conformité de leurs propos à la réalité, même en situation de plaisanterie, de sorte que le mensonge n’émane jamais d’eux en quoi que ce soit, ni délibérément, ni par inattention. Son contraire est le mensonge, qui est rationnellement impossible à leur égard. Car s’ils n’étaient pas véridiques, cela impliquerait le mensonge dans la parole d’Allah, exalté soit-Il, Lui-même, lorsqu’Il les a confirmés par le miracle, ce qui est impossible à l’égard du Créateur, Qu’Il soit glorifié et exalté. Les savants de ce domaine ont fait la distinction entre la véracité dans ce sens spécifique lié à la transmission de la part d’Allah, et le fait qu’elle entre également dans le cadre général de l’honnêteté. Cependant, les éminents savants de cette discipline l’ont mentionnée spécifiquement en raison de son lien majeur avec la validité du fondement même du Message : si la véracité dans la prétention à la prophétie est rompue, le Message est rompu à la base.
Deuxièmement : L’Honnêteté / La Fidélité (Al-Amana) L’honnêteté à l’égard des Messagers consiste en la préservation de leurs membres apparents et cachés contre le fait de tomber dans un acte illicite ou détestable. Ils sont dépositaires de la loi d’Allah, exalté soit-Il, et de ce qui leur a été confié comme révélation, ils ne trahissent en cela ni en peu ni en beaucoup. Son contraire est la trahison, qui est impossible à leur égard. Car la trahison contredit le but pour lequel ils ont été envoyés, qui est de guider la création vers la vérité et de les amener à la droiture. S’il leur était possible de trahir, la confiance des nations en eux serait rompue et la sagesse de leur envoi serait annulée.
Troisièmement : La Transmission (At-Tabligh) Son sens est l’accomplissement par les Messagers de ce qu’ils ont reçu l’ordre de transmettre de la Révélation et de la Loi, de manière complète et non diminuée. Ils n’en cachent rien, même s’il s’agit d’une chose qu’il leur est difficile de transmettre ou qui les met dans l’embarras face à certaines nations. Son contraire est la dissimulation de ce qu’ils ont reçu l’ordre de transmettre, ce qui est impossible à leur égard. Car le Messager a l’ordre de transmettre ce qu’Allah, exalté soit-Il, lui a ordonné de transmettre. S’il ne le transmettait pas, il serait par là désobéissant, or la désobéissance est impossible à l’égard de celui dont l’infaillibilité est établie.
Quatrièmement : La Perspicacité (Al-Fatana) La perspicacité est l’habileté, la vivacité d’esprit et la vigilance pour contraindre les contradicteurs, annuler leurs prétentions et réfuter leurs arguments. De sorte que le Messager puisse établir la preuve de la véracité de ce à quoi il appelle et annuler les ambiguïtés de ses opposants. C’est un attribut indispensable pour quiconque se voit confier la mission de transmettre le Message d’Allah, exalté soit-Il, aux doués d’intelligence parmi Sa création, afin de dissiper leurs faiblesses concernant ce que leurs esprits ne parviennent pas à saisir des intérêts de leurs deux demeures, comme l’ont exprimé certains théologiens. Son contraire est la stupidité ou l’inattention, qui est impossible à l’égard des Messagers. Car si cela était possible pour eux, ils ne pourraient ni débattre avec leurs contradicteurs ni établir la preuve contre eux. Le Coran a d’ailleurs relaté les débats de Nouh (Noé), d’Ibrahim (Abraham) et du Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم avec leurs peuples, ainsi que l’établissement d’arguments irréfutables contre eux, ce qui fait partie des effets de cet attribut.
La question de l’infaillibilité (‘Isma) et sa relation avec les attributs obligatoires
Le Cadi ‘Iyad a clarifié que la vénération de la station prophétique a été le principal moteur de la recherche sur l’infaillibilité des Prophètes, que Dieu les élève davantage en degré. Cette infaillibilité n’est pas un simple prodige supplémentaire, mais elle est la garantie rationnelle de la confirmation des quatre attributs précédents. Il n’est pas correct de déclarer obligatoires la véracité, l’honnêteté, la transmission et la perspicacité à l’égard des Messagers, sauf en se basant sur le fondement de l’établissement de leur infaillibilité contre tout ce qui contredit ces attributs, que ce soit dans la transmission de la part d’Allah, exalté soit-Il, ou dans tout autre aspect lié à l’accomplissement du Message.
Les méthodes des théologiens Acharites ont divergé quant à la détermination de l’étendue de cette infaillibilité : englobe-t-elle les petits péchés comme elle englobe les grands péchés, ou concerne-t-elle spécifiquement ce qui a trait à la transmission à l’exclusion du reste ? Parmi ceux de la majorité des Acharites à qui l’on a attribué l’avis de l’interdiction de l’occurrence des petits péchés de la part des Prophètes, on compte Abou Ishaq al-Isfarayini et l’Imam des Deux Harams al-Jouwayni. Tandis que d’autres voies ont été détaillées chez d’autres, et cela fait partie des questions qui sont restées sujettes à des développements détaillés parmi les spécialistes de cette discipline, contrairement aux quatre attributs fondamentaux sur lesquels leur parole s’est réunie sans divergence.
Il ne fait aucun doute que l’affirmation de ces quatre attributs, chez les savants de cette école, n’est pas une simple convenance rationnelle, mais s’appuie sur la preuve de l’intellect soutenue par les textes :
La preuve de la véracité réside dans le fait que la parole d’Allah, exalté soit-Il, les confirmant par le miracle implique leur véracité, sinon cela entraînerait le mensonge dans la parole d’Allah, ce qui est impossible.
La preuve de la transmission est que le fait d’y contrevenir constitue une désobéissance, or la désobéissance est niée pour celui qui est infaillible.
La preuve de la perspicacité est évidente dans les argumentations des Messagers contre leurs peuples, telles que rapportées par les versets du Coran dans les récits de Nouh, d’Ibrahim et du Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم.
La question de l’infaillibilité – Étude des trois niveaux
La question la plus confuse pour les non-spécialistes dans ce domaine est d’imaginer « l’infaillibilité » comme un concept unique et homogène. Alors que chez les Acharites, et les savants vérificateurs parmi les Maghrébins en particulier, c’est un concept graduel qui possède trois degrés distincts dans le jugement et la preuve, entre lesquels il faut faire une distinction précise.
1. Le premier niveau : L’infaillibilité contre la mécréance et les grands péchés
Ce degré fait l’objet d’un accord effectif entre tous les Acharites, que ce soit avant ou après la prophétie.
Le Cadi ‘Iyad a extrêmement insisté sur ce fondement dans « Ach-Chifa », au point de consacrer des chapitres spéciaux pour exposer le jugement de celui qui attribue aux Prophètes de la mécréance, un grand péché ou une imperfection dans ce domaine.
Il a considéré cela comme l’une des erreurs dogmatiques les plus dangereuses, car la destruction de ce fondement détruit la confiance en le Message à la racine : s’il était possible pour les Prophètes de commettre la mécréance ou les grands péchés, l’argumentation basée sur leur infaillibilité quant à la véracité de ce qu’ils transmettent de la part d’Allah s’effondrerait.
2. Le deuxième niveau : L’infaillibilité contre les petits péchés – Le point de divergence
Contrairement au premier niveau, la question de l’infaillibilité des Prophètes contre les petits péchés n’a pas fait l’objet d’un consensus au sein même de l’école Acharite, et c’est un point méthodologique important qu’il convient de souligner.
Le Cadi ‘Iyad a opté pour leur infaillibilité contre les petits péchés qui portent atteinte à la dignité (comme le vol mesquin ou le mensonge explicite), mais il a rapporté la possibilité de faux pas ne portant pas atteinte à la dignité, sur la voie de l’inattention, ou par erreur d’effort de déduction (ijtihad) dans ce qui ne fait pas l’objet d’un texte, avant qu’ils ne soient alertés sur cela par la Révélation.
L’Imam al-Qourtoubi dans son exégèse, et Fakh ad-Din ar-Razi dans « Mafatih al-Ghayb », ont rapporté une divergence explicite entre les théologiens sur la limite du « petit péché » impossible, et la limite du « faux pas » possible suivi de la correction et du repentir.
Le Cadi Abou Bakr Ibn al-‘Arabi al-Ma’afiri l’Andalou (mort en 543 de l’Hégire), contemporain de ‘Iyad, a détaillé cette divergence dans « Ahkam al-Qour’an » lors de l’histoire de Youssouf عليه السلام, privilégiant l’avis de les exempter même des petits péchés, tout en reconnaissant l’existence de l’autre avis et sa pertinence chez certains chercheurs.
La conclusion méthodologique est que les Acharites ne se sont pas accordés sur une formule unique et figée dans la distinction entre le petit péché et le faux pas, mais la porte était ouverte à l’examen par l’ijtihad, dans le cadre du fondement général : l’exemption des Prophètes de tout ce qui entache leur véracité ou fait tomber la confiance en leur message.
3. Le troisième niveau : Le faux pas (Zalla) et l’erreur d’Ijtihad (non considérés comme une désobéissance religieuse)
Ce niveau est la clé pour comprendre les versets dont l’apparence laisse penser à une atteinte à l’infaillibilité des Prophètes.
C’est ce qui est connu sous le nom de « faux pas » (zalla) ou « erreur d’ijtihad » ; sa réalité théologique est qu’il ne s’agit pas d’une désobéissance au sens légal visé dans la parole d’Allah concernant les désobéissants qui méritent le blâme.
Il s’agit d’un acte ou d’une parole émanant d’une inattention ou d’un oubli, et non de l’intention de s’opposer et de le faire délibérément.
Ou bien d’un ijtihad dans une affaire sans texte révélé, s’opposant alors à ce qui était préférable et plus parfait, sans qu’il y ait là une opposition à un ordre explicite.
Malgré cela, le haut rang de la prophétie requiert une mise en garde et une douce remontrance, car ce sur quoi le commun des personnes n’a pas de comptes à rendre, peut valoir une admonestation aux détenteurs des plus hauts degrés, en guise d’honneur et non de rabaissement.
Ce principe permet de comprendre les versets mentionnant la « désobéissance » d’Adam, le « penchant » de Youssouf ou la « colère » de Younous عليهم السلام, sans tomber dans l’interprétation arbitraire totale, ni dans l’acceptation d’un sens apparent rabaissant le rang de la prophétie.
Les attributs possibles (admissibles) à l’égard des Messagers
Aux côtés des attributs obligatoires et impossibles, les théologiens de cette école ont affirmé des attributs admissibles pour les Prophètes. Il s’agit de ce qui est possible pour eux en termes d’accidents (caractéristiques) humains qui ne s’opposent pas à la station de la prophétie et n’égratignent pas l’infaillibilité, comme la maladie non répugnante, le fait de manger, de boire, de dormir, de se marier, et tout ce qui survient aux êtres humains comme accidents ne nuisant pas à la perfection de la transmission. Car ils sont des êtres humains à qui la Révélation est inspirée, ils ne sont ni des divinités ni des anges. Il y a là une réfutation de ceux qui ont exagéré en les décrivant par ce qui les fait sortir de la nature humaine.
L’application sur les modèles coraniques
Après avoir établi les trois niveaux de l’infaillibilité, il est possible d’appliquer cette base théologique aux principaux modèles coraniques dont le sens apparent pose problème, conformément à la méthodologie de l’exégèse dogmatique agréée chez les Acharites maghrébins, en s’appuyant sur « Ach-Chifa » du Cadi ‘Iyad, les exégèses d’Al-Qourtoubi et d’Ar-Razi, et « Ahkam al-Qour’an » d’Ibn al-‘Arabi.
1. L’histoire d’Adam عليه السلام :
{وَعَصَى آدَمُ رَبَّهُ فَغَوَى ثُمَّ ٱجْتَبَاهُ رَبُّهُ فَتَابَ عَلَيْهِ وَهَدَى}
« Et Adam désobéit à son Seigneur et s’égara. Puis son Seigneur l’élut, accepta son repentir et le guida » (Sourate Taha, versets 121-122).
Ce verset est orienté chez les Acharites maghrébins de trois manières complémentaires :
L’interdiction concernant l’arbre était une interdiction d’orientation et de mise à l’épreuve, et non une interdiction de prohibition au sens légal impliquant un blâme éternel. Le fait de l’enfreindre a été appelé « désobéissance » du point de vue de l’opposition à l’apparence verbale de l’ordre, et non du point de vue d’être un péché dans son sens complet nécessitant un châtiment.
Cet acte s’est produit avant qu’Adam عليه السلام ne soit établi et chargé de la mission de transmission exigeant l’infaillibilité complète au sens prophétique. Ou bien, il s’agit d’un faux pas basé sur l’oubli, comme le mentionne le hadith du Prophète Mouhammed صلى الله عليه وسلم : (نَسِيَ آدَمُ فَنَسِيَتْ ذُرِّيَّتُهُ) « Adam a oublié, et sa descendance a oublié », ce qui en fait un acte relevant de l’inattention et non de l’acte délibéré.
Allah a immédiatement effacé ce faux pas par l’élection, le repentir et la guidance dans le verset suivant directement. Cet enchaînement immédiat avec l’honneur est la preuve que l’acte n’était pas un grand péché, mais un faux pas d’ijtihad dont la trace a été effacée dès sa survenue.
2. L’histoire de Youssouf عليه السلام : la question du « Il eut un penchant pour elle »
{وَلَقَدْ هَمَّتْ بِهِ وَهَمَّ بِهَا لَوْلَا أَن رَّأَىٰ بُرْهَانَ رَبِّهِ}
« Et, très certainement, elle eut un penchant pour lui, et il aurait eu un penchant pour elle s’il n’avait pas vu la preuve de son Seigneur » (Sourate Youssouf, verset 24).
C’est l’un des versets sur lesquels le Cadi ‘Iyad s’est le plus étendu pour défendre l’exemption des Prophètes :
Abou Hatim a rapporté de Abou ^Oubaydah que Youssouf n’a pas eu de pensée (hamm), et qu’il y a dans la phrase une antéposition et une postposition ; c’est-à-dire : « Elle l’a désiré ; et s’il n’avait pas vu la preuve de son Seigneur, il l’aurait désirée » ; et Allah [Celui Qui est exempt de toute imperfection] a dit – au sujet de la femme – [ce qui a pour sens] : « Et je lui ai certes fait des avances,mais il s’est préservé (il a refusé fermement) ».
Allah [Celui Qui est exempt d’imperfection] a dit [ce qui a pour sens] : « C’est ainsi que Nous avons écarté de lui le mal et la turpitude ».
Et Il [Celui Qui est exempt d’imperfection] a dit [ce qui a pour sens] : « Elle a fermé les portes à clef et a dit : Viens par ici. Il a dit : Que Allah me protège ! Il est mon maître (rabbi), il m’a accordé un bon séjour… » jusqu’à la fin du verset.
Il a été dit concernant « rabbi » (mon maître / mon Seigneur) : c’est Allah [Celui Qui est exempt d’imperfection].
Et il a été dit : c’est le roi (le maître de maison, Al-^Aziz).
3. L’histoire de Younous عليه السلام : « Quand il partit irrité »
{وَذَا ٱلنُّونِ إِذ ذَّهَبَ مُغَاضِبًا فَظَنَّ أَن لَّن نَّقْدِرَ عَلَيْهِ فَنَادَىٰ فِي ٱلظُّلُمَاتِ أَن لَّا إِلَـٰهَ إِلَّآ أَنتَ سُبْحَانَكَ إِنِّي كُنتُ مِنَ ٱلظَّـٰلِمِينَ}
« et dhou n-Noūn (le prophète Yoūnous) est parti en colère contre son peuple, il pensait que Dieu n’aller pas le rétribuer pour avoir quitté son peuple avant d’avoir l’autorisation de la part de Dieu. Il a invoqué dans les obscurités (dans le ventre de la baleine) lâ ’ilâha il-lâ ’ant, soubḥânaka ’innî kountou mina dh-ḍhâlimîn. Dieu lui a exaucé et Il l’a sauvé de l’épreuve », [sôurat al-’anbiyâ / 87-88].
La colère de Younous عليه السلام était une colère pour Allah contre son peuple.
Il a fait un ijtihad dans l’évaluation de la situation et est parti avant d’en avoir reçu l’autorisation, ce qui relève de la catégorie du faux pas d’ijtihad : un ijtihad dans l’évaluation du moment de son départ, dans lequel il a contredit ce qui était préférable.
Le fait qu’il se décrive comme faisant partie des « injustes » est l’expression d’avoir exposé son âme à l’épreuve en contredisant ce qui était le plus parfait, et non l’aveu d’un péché.
Cet ijtihad a été immédiatement expié par son invocation dans les ténèbres, et Allah l’a exaucé : {فَٱسْتَجَبْنَا لَهُ وَنَجَّيْنَاهُ مِنَ ٱلْغَمِّ} « Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse » (Al-Anbiya’ : 88). Cette suite rapide avec le salut est une preuve supplémentaire que l’acte ne relevait pas des péchés.
L’impact méthodologique et scientifique de cette distinction
Cette distinction tripartite (le grand péché, le petit péché et le faux pas d’ijtihad) acquiert une importance méthodologique dépassant la question secondaire. Elle représente le modèle de la méthode des Acharites maghrébins pour concilier le sens apparent du texte avec les exigences du dogme, sans recourir à une interprétation arbitraire d’une part, ni à une acceptation littérale rabaissant la station prophétique d’autre part. Cette méthode a influencé la formation de la « jurisprudence dogmatique » maghrébine prédominante dans les institutions traditionnelles (comme l’Université Al-Qarawiyyin) où « Ach-Chifa » est resté un texte étudié et mémorisé pendant des siècles.
Il est remarquable que c’est cette même distinction qui explique la raison de la divergence des Acharites concernant les limites du « petit péché ». Plus la définition du petit péché est restreinte chez un savant, plus le chapitre du « faux pas d’ijtihad » s’élargit chez lui ; et inversement. La divergence entre ‘Iyad, Ibn al-‘Arabi et Al-Qourtoubi n’est donc pas une divergence sur le principe général d’exempter les Prophètes, mais sur le tracé de la limite séparant les deux catégories, ce qui est un ijtihad acceptable ne faisant sortir aucun groupe du cercle de la croyance acharite authentique.
Conclusion
Il ressort de ce qui précède que la question des attributs des Messagers et des Prophètes, à la lumière de ce qu’ont établi les savants du Maghreb et de l’Andalousie selon la méthode malikite acharite, repose sur un fondement global qui est la vénération de la station prophétique et l’exemption de ceux qui la portent de tout ce qui contredit la fonction de transmission. En découlent quatre attributs obligatoires : la véracité, l’honnêteté, la transmission et la perspicacité ; s’y opposent quatre attributs impossibles qui sont leurs contraires, tout en affirmant ce qui est possible pour eux parmi les accidents humains qui ne contredisent pas la perfection prophétique.
Cet exposé, fondé par le Cadi ‘Iyad dans « Ach-Chifa », structuré par As-Sanoussi dans « Oumm al-Barahin », et détaillé par les savants du Maghreb, demeure parmi les sources les plus fiables auxquelles se référer dans ce chapitre, étant un point d’accord dans ses fondements, bien que certains détails secondaires, comme la portée de l’infaillibilité concernant les petits péchés, restent un sujet de recherche.
L’application de ce fondement aux récits d’Adam, de Youssouf et de Younous عليهم السلام a démontré que les sens apparents des versets semblant indiquer une désobéissance sont en réalité des faux pas d’ijtihad expiés par une correction immédiate avec repentir. Cette orientation est une exploitation des significations des termes arabes dans leur contexte coranique particulier, régie par un principe dogmatique immuable : l’infaillibilité des Prophètes contre tout ce qui entache la véracité du Message et l’honnêteté de la transmission.
Les Sources de Référence
Le Cadi ‘Iyad ibn Moussa al-Yahsoubi as-Sabti (mort en 544 de l’Hégire), Ach-Chifa bi ta’rif houqouq al-Moustafa, (La section relative aux attributs des Messagers et à leur infaillibilité).
Mouhammed ibn Youssouf as-Sanoussi at-Tilimsani (mort en 895 de l’Hégire), Al-‘Aqida as-Sanoussiya as-Soughra (Oumm al-Barahin), et ses explications maghrébines.
Ahmad as-Sawi, L’explication de As-Sawi sur la Jawharat at-Tawhid (Dans le chapitre des attributs des Messagers).
As-Saktani, At-Touhfat al-Moufidah fi Charh al-‘Aqidat al-Hafidah as-Sanoussiya.
Hammadi, Al-Fawa’id as-Saniyya ‘ala al-Hafidah as-Sanoussiya.
