L’attribut de l’Unicité dans les paroles des savants d’Andalousie et du Maghreb extrême.

L’attribut de l’Unicité  est l’un des attributs de l’Être (Sifat Nafsiyyah) sur lesquels les théologiens (moutakallimoun) des Gens de la Sounnah se sont accordés. Sa signification est la négation de tout associé pour Allah, le Tout-Puissant, dans Son Être, Ses attributs et Ses actes. Il n’a donc pas de second dans Sa divinité, et Il n’a pas d’équivalent dans Sa perfection. Les savants d’Andalousie et du Maghreb extrême ont constitué une source fondamentale dans l’enracinement de cet attribut, de manière rationnelle et textuelle, avec des méthodes variant entre l’argumentation littérale directe par les textes et l’argumentation théologique démonstrative, qui a atteint son apogée chez les savants acharites des dernières époques dans l’Occident musulman.

Cette recherche rassemble les paroles de quatre figures de cette région civilisationnelle entre le cinquième et le neuvième siècle de l’hégire, en documentant chaque parole par sa source issue des livres de ces savants eux-mêmes.

Ibn Hazm Al-Andalousi Al-Qourtoubi (384–456 de l’hégire)

Abou Mouhammed Ali Ibn Ahmad Ibn Hazm est considéré comme l’un des plus grands savants d’Andalousie en matière de classification et de rédaction. Il a consacré dans son livre « Al-Mouhalla bil-Athar » un chapitre spécifique au « Tawhid » comprenant quatre-vingt-onze questions. Dans la première, il explique le sens de l’attestation de la divinité et de la création exclusives à Allah en disant :

« L’explication de cette phrase : c’est qu’Allah, le Tout-Puissant, est le Dieu de toute chose, et le Créateur de toute chose. »

  • Source : Ibn Hazm, Al-Mouhalla bil-Athar, Livre du Tawhid, Premier volume.

Ensuite, il passe à l’affirmation de la négation du semblable et du pareil pour Allah, le Tout-Puissant, en se basant sur le texte explicite du Coran, en disant :

« Et rien de Sa création ne Lui ressemble, le Tout-Puissant, en quoi que ce soit ».

Il cite à titre de preuve la parole divine : {Rien n’est tel que Lui et Il est Celui qui entend et qui voit}, ainsi que Sa parole : {Et nul n’est égal à Lui}.

  • Source : Ibn Hazm, Al-Mouhalla bil-Athar, Livre du Tawhid, Question 52.

Ibn Hazm a également consacré, dans son encyclopédie théologique « Al-Fasl fi Al-Milal wal-Ahwa’ wan-Nihal » (imprimée en cinq volumes, Bibliothèque Al-Khanji, Le Caire), une critique détaillée de la croyance chrétienne en la trinité, en la qualifiant de contradictoire à l’unicité d’Allah. Il y rejette la réunion de deux opposés ou la pluralité des dieux, tant par la raison que par les textes, en utilisant une méthodologie démonstrative stricte qui n’accepte pas les interprétations lointaines.

  • Source : Ibn Hazm, Al-Fasl fi Al-Milal wal-Ahwa’ wan-Nihal, Éd. Bibliothèque Al-Khanji, Le Caire.

Abou Al-Walid Al-Baji Al-Andalousi (403–474 de l’hégire)

Soulayman Ibn Khalaf Ibn Sa’d At-Toujibi, connu sous le nom d’Abou Al-Walid Al-Baji, était le juge de l’Andalousie, son jurisconsulte (faqih) et son théologien (moutakallim). Son origine est de Badajoz et il est né à Béja. Il a rédigé un livre indépendant sur ce sujet intitulé « At-Tasdid ila Ma’rifat At-Tawhid », que l’imam Ad-Dhahabi a compté parmi l’ensemble de ses ouvrages dans sa biographie. Ses contemporains l’ont décrit en ces termes :

« Jurisconsulte, théologien, homme de lettres et poète, il a étudié en Irak, a enseigné la science du Kalam et a rédigé des ouvrages. »

Source : Ad-Dhahabi, Siyar A’lam An-Noubala’, Vingt-cinquième génération, Biographie d’Abou Al-Walid Al-Baji.

Al-Baji a réuni dans sa méthodologie les fondements de la jurisprudence (Ousoul Al-Fiqh) malikite et la réflexion théologique acharite. Son livre sur le Tawhid fut ainsi le prolongement des efforts des Andalous pour établir l’Unicité par la voie démonstrative, parallèlement aux textes. Cet attachement au Tawhid comme fondement premier de toute recommandation transparaît également dans sa Wasiyya (testament) adressée à ses deux fils, où il leur dit :

﴾يَا بَنِيَّ إِنَّ اللَّهَ اصْطَفَىٰ لَكُمُ الدِّينَ فَلَا تَمُوتُنَّ إِلَّا وَأَنتُم مُّسْلِمُونَ ﴿ Sourate Al-Baqarah, verset 132.

﴾يَا بُنَيَّ لَا تُشْرِكْ بِاللَّهِ ۖ إِنَّ الشِّرْكَ لَظُلْمٌ عَظِيمٌ﴿ Sourate Luqman, verset 13.

« La première chose que je vous recommande est ce qu’Abraham a recommandé à ses fils, et Jacob aussi : « Ô mes fils, Allah a élu pour vous la religion ; ne mourrez donc qu’en pleine soumission » (Coran 2:132). Et je vous interdis ce que Luqman a interdit à son fils en l’exhortant : « Ô mon fils, ne donne pas d’associé à Allah, car l’association est vraiment une injustice énorme » (Coran 31:13). »

Al-Baji explique ensuite la portée de cette double recommandation en insistant sur sa fermeté absolue : il affirme appuyer et répéter cette exhortation par souci de l’attachement indéfectible de ses fils à la religion, de sorte qu’aucune affaire de ce monde ne puisse les en détourner ; il leur enjoint de sacrifier leur propre vie pour elle plutôt que d’y renoncer pour un bien terrestre, rappelant qu’aucun avantage de ce monde n’a de valeur s’il mène à l’Enfer éternel, et qu’aucune épreuve n’a de poids si elle mène au Paradis éternel — concluant par le verset :  ﴾ وَمَن يَبْتَغِ غَيْرَ الْإِسْلَامِ دِينًا فَلَن يُقْبَلَ مِنْهُ وَهُوَ فِي الْآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ﴿ (« Et quiconque cherche une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants », Coran 3:85).

Le Juge (Al-Qadi) ‘Iyad As-Sabti (476–544 de l’hégire) — Maghreb Extrême

Abou Al-Fadl ‘Iyad Ibn Moussa Al-Yahsoubi est né dans la ville de Ceuta (Sabtah), au Maghreb extrême. Il a grandi dans un environnement scientifique privilégié, au contact des grands savants du Maghreb et d’Andalousie. Il a rédigé un ouvrage indépendant intitulé « Al-‘Aqidah », en plus des vastes recherches dogmatiques développées dans son célèbre livre « Ach-Chifa bi Ta’rif Houqouq Al-Moustafa » (traitant des droits du Prophète Mouhammed ﷺ).

Ceuta était connue, à cette époque, pour le grand nombre de théologiens acharites qui y ont établi le Tawhid par la méthode démonstrative. Les chercheurs mentionnent à ce sujet :

« Abou Tahir Isma’il Al-Azdi, et Abou Mouhammed Abdoullah Ibn Ahmad At-Tamimi… et à la tête de ceux-ci se trouve également le Juge ‘Iyad Ibn Moussa Al-Yahsoubi As-Sabti. »

Dans ses écrits, le Juge ‘Iyad expose avec une clarté absolue les fondements de cette croyance, soulignant l’unicité divine comme socle inébranlable de la foi. Il affirme ainsi :

لا خلاف أن الله تعالى واحدٌ، لا شريك له، ولا شبيه له، ولا نظير له، ولا ولد له، ولا والد له.

« Il n’y a aucun désaccord sur le fait qu’Allah Le Tout-Puissant est Un, sans associé, sans semblable, sans égal, sans enfant et sans parent. »

Source : Portail de la Rabita Mohammedia des Oulémas, Biographie du Juge ‘Iyad ; Le Juge ‘Iyad, Al-‘Aqidah, et Ach-Chifa bi Ta’rif Houqouq Al-Moustafa.

Le Juge ‘Iyad s’est distingué par sa défense constante de la croyance des Gens de la Sounnah face aux déviations dogmatiques apparues à son époque. Ses ouvrages ont constitué une source de référence majeure pour les travaux traitant des sectes et des croyances dans l’Occident musulman.

L’école des savants de la dernière époque — L’Imam As-Sanousi (mort en 895 de l’hégire)

Mouhammed Ibn Yousouf As-Sanousi, dont les livres se sont largement répandus à Fès et dans le Maghreb extrême au point de devenir les textes de croyance de référence dans les écoles maghrébines, a placé l’attribut de l’Unicité parmi les vingt attributs obligatoires pour Allah, le Tout-Puissant, dans son épître « La Croyance Sanousiyyah nommée la Mère des Preuves ». Il y déclare :

« L’Unicité : c’est-à-dire qu’Il n’a pas de second dans Son Être, ni dans Ses attributs, ni dans Ses actes. »

  • Source : As-Sanousi, La Croyance Sanousiyyah nommée la Mère des Preuves dans les croyances.

Ensuite, il a établi sa preuve rationnelle connue sous le nom de « Preuve de l’empêchement mutuel » (Dalil At-Tamanou’), qui est devenue l’argument classique dans les livres de croyance maghrébins. Il a dit :

« Quant à la preuve de l’obligation de l’Unicité pour Lui, le Tout-Puissant, c’est que s’Il n’était pas un, rien du monde n’existerait, en raison de l’implication de Son incapacité dans ce cas. »

Il a clarifié le lien entre l’Unicité et la perfection de la Richesse divine absolue, en disant :

« Et cela implique également pour Lui, le Tout-Puissant, l’Unicité, car s’il y avait avec Lui un second dans la divinité, rien n’aurait besoin de Lui, en raison de l’implication de leur incapacité à tous les deux dans ce cas. »

  • Source : As-Sanousi, Explication de la Mère des Preuves.

Conclusion et Comparaison

Il ressort de ces textes que la première école andalouse, représentée par Ibn Hazm, s’est orientée vers l’argumentation textuelle directe avec un refus de la complexité de la science du Kalam. Elle s’est appuyée sur les évidences rationnelles nécessaires et les textes coraniques explicites pour affirmer l’Unicité et nier le semblable.

En revanche, l’école des théologiens acharites d’Andalousie et du Maghreb extrême, représentée par Al-Baji et le Juge ‘Iyad, qui s’est ensuite définitivement enracinée grâce à As-Sanousi, s’est orientée vers l’argumentation rationnelle démonstrative. À sa tête se trouve la « Preuve de l’empêchement mutuel », qui est devenue l’argument de référence pour prouver l’unicité d’Allah dans les livres de croyance maghrébins jusqu’à l’époque moderne.

Il apparaît ainsi que les savants de cette vaste région civilisationnelle, de Cordoue à Ceuta et Fès, ont contribué de manière complémentaire à la formulation de cet illustre attribut divin, chacun selon sa méthodologie se rapportant aux fondements (Ousoul) et à la théologie (Kalam).