L’attribut de la Volonté (al-Iradah) chez Allah Tout-Puissant dans le patrimoine des savants d’Al-Andalus et du Maghreb extrême

L’attribut de la Volonté (al-Iradah) fait partie des sept attributs connus chez les théologiens sous le nom d’« attributs de signification » (Sifat al-Ma‘ani : la Puissance, la Volonté, la Science, la Vie, l’Ouïe, la Vue, la Parole). Cet attribut a préoccupé les savants d’Al-Andalus et du Maghreb extrême, selon leurs différentes écoles théologiques : entre le courant littéraliste (dhahiri) qui nie la dénomination, le courant ach’arite qui confirme et détaille, et le courant almohade (toumarti) qui, à la manière des Mou‘tazila, nie cet attribut. Voici un exposé des opinions de ces éminents savants, documenté par leurs ouvrages.

Ibn Hazm Al-Andalusi (384-456 H) — L’approche littéraliste critique

Abou Mouhammad ‘Ali ibn Ahmad ibn Hazm Al-Qourtoubi, l’un des plus éminents savants d’Al-Andalus, a consacré à la question de la Volonté une critique particulière dans son ouvrage encyclopédique Al-Fasl fi al-Milal wa al-Ahwa’ wa an-Nihal, refusant de la confirmer comme attribut d’essence éternel :

« Quant à la Volonté, un groupe l’a confirmée parmi les attributs de l’essence, disant : « La Volonté n’a jamais cessé d’exister, et Allah Tout-Puissant n’a jamais cessé d’exister. » Abou Mouhammad dit : « Ceci est une erreur pour deux preuves nécessaires ; la première est qu’Allah Tout-Puissant n’a pas textuellement énoncé qu’Il est doté d’une volonté ou qu’Il possède une volonté. » »

Al-Fasl fi al-Milal wa al-Ahwa’ wa an-Nihal, 2/134.

La méthode d’Ibn Hazm ici est celle qu’il applique de manière générale au chapitre des attributs : s’arrêter à ce qui est textuellement mentionné par le Livre et la Sunna dans leur formulation explicite, et refuser d’attribuer ou de nommer quoi que ce soit sans texte formel. C’est le prolongement de sa méthodologie rejetant l’analogie (Qiyas) pour s’en tenir au texte apparent sans interprétation ni justification rationnelle.

Le Qadi ‘Iyad as-Sabti (476-544 H) — La consécration de la méthode ach’arite au Maghreb et en Andalousie

Le Qadi ‘Iyad ibn Moussa al-Yahsoubi, né à Ceuta et décédé à Marrakech, est considéré comme l’un des plus grands codificateurs de l’école ach’arite en Occident musulman. Dans son ouvrage Ash-Shifa bi-Ta‘rif Houqouq al-Moustafa, il établit explicitement que l’école ach’arite constitue « la croyance des gens de la Sunna » en confirmant les attributs divins, notamment celui de la Volonté, contrairement aux Mou‘tazila qui les nient :

Il [Al-Ach‘ari] a composé pour les gens de la Sunna des ouvrages et a établi des preuves pour confirmer la Sunna et ce que les gens de l’innovation avaient nié parmi les attributs de Allah Tout-Puissant, Sa vision, l’antériorité de Sa Parole et de Sa Puissance… Il a établi la preuve claire à ce sujet à partir du Livre, de la Sunna et des preuves rationnelles évidentes, et a repoussé les équivoques des innovateurs. »

Ash-Shifa bi-Ta‘rif Houqouq al-Moustafa, éd. ‘Amir al-Jazzar (Le Caire : Dar al-Hadith, 1425 H/2004 M).

Au cœur de cette croyance réside la certitude que Dieu a pour attribut la Volonté. Ce que Dieu veut de toute éternité a lieu au temps qu’Il a fixé, et ce dont Il ne veut pas l’existence n’existe pas et n’existera jamais. Cette réalité est confirmée par le Prophète عليه الصلاة والسلام dans le hadith rapporté par Abou Dawoud : « Ce que Dieu veut est, et ce qu’Il ne veut pas n’est pas » (Ma cha’a Allahou kana wa ma lam yacha’ lam yakoun). Ainsi, tout ce qui entre en existence — bien ou mal, obéissance ou désobéissance, grâce ou épreuve — advient par la Volonté de Dieu et Sa prédestination. Il n’advient aucun changement ni aucune modification dans Sa volonté, car le changement est une caractéristique propre aux créatures et un signe de contingence, alors que les attributs de Dieu, immuables, sont exempts de toute imperfection.

Abou Bakr ibn al-‘Arabi al-Ma‘afiri al-Ichbili (468-543 H)

Élève et pair du Qadi ‘Iyad à Al-Andalus, il est l’auteur du Al-Moutawassit fi al-I‘tiqad, où il expose la position médiane des ach’arites entre le fatalisme (Jabr) et le libre arbitre (Qadar), une position fondée sur leur compréhension de l’attribut de la Volonté divine en tant que créatrice des actes :

« Allah Tout-Puissant a guidé par Sa grâce les gens de la vérité vers la voie droite. Ils ont ainsi suivi un chemin entre les deux extrêmes, s’éloignant du Qadar (l’idée que l’homme crée ses actes) et se préservant du Jabr (l’idée que l’homme est contraint sans volonté). Ils ont dit : « Allah Tout-Puissant est le Créateur des actes existant chez l’homme, Il est Celui qui les a inventés, Celui qui est Seul à les faire exister et à les produire. » »

Ibn Toumart (m. 524 H) — L’exception de la négation des attributs

Mouhammad ibn Toumart, fondateur de l’État almohade au Maghreb extrême, représente une exception importante. Ses élèves ont rassemblé ses idées dans le livre A‘azzou ma Youtlab. Bien qu’il fût ach’arite sur la plupart des questions, il a contredit les ach’arites au chapitre des attributs, en rejoignant les Mou‘tazila dans leur négation, comme l’a mentionné ‘Abd al-Wahid al-Marrakouchi :

« Il a rédigé pour eux des ouvrages sur la science, dont un livre intitulé : A‘azzou ma Youtlab, et des traités sur les fondements de la religion. Il suivait la doctrine d’Abou al-Hassan al-Ach‘ari sur la plupart des questions, sauf en ce qui concerne la confirmation des attributs, où il a rejoint les Mou‘tazila dans leur négation. »

Cela signifie que l’attribut de la Volonté, chez Ibn Toumart, n’est pas confirmé comme attribut de signification ajouté à l’Essence, mais est ramené — selon la méthode des Mou‘tazila — à l’Essence divine elle-même ou à Son acte, par souci d’éviter la multiplicité au sein de l’Essence unique.

L’Imam as-Sanousi at-Tilimsani (832-895 H) — La précision théologique de la Volonté

Mouhammad ibn Youssouf as-Sanousi, l’un des grands savants du Maghreb extrême (Tlemcen), a présenté dans son célèbre texte Oummou al-Barahin (la Petite Croyance) la définition ach’arite la plus précise de la Volonté parmi les sept attributs de signification :

« La Volonté : un attribut éternel par lequel se réalise la spécification du possible par certaines des choses qui lui sont possibles, conformément à la Science. »

On remarque dans cette définition précise que l’Imam as-Sanousi lie la Volonté à sa fonction théologique : la spécification (at-Takhsis), c’est-à-dire le fait de favoriser l’une des deux extrémités du possible (l’existence ou l’inexistence, ou l’une de ses modalités comme le temps, l’espace et la manière) plutôt que l’autre, conformément à la Science divine préalable. C’est la réponse des ach’arites à la question : « Pourquoi le monde a-t-il été créé avec ces caractéristiques et non d’autres, alors que rationnellement les deux étaient équivalentes ? » La réponse est : parce que la Volonté éternelle a spécifié cela.

Tableau comparatif

SavantOrigineÉcole théologiquePosition sur l’attribut de la Volonté
Ibn HazmCordoueLittéralisteNégation de la dénomination et de l’attribut d’essence (faute de texte)
Qadi ‘IyadCeuta/MarrakechAch’ariteConfirmation selon la méthode des gens de la Sunna
Ibn al-‘ArabiSévilleAch’ariteConfirmation par la création des actes par Allah
Ibn ToumartSoussAlmohadeNégation en tant qu’attribut ajouté à l’Essence
As-SanousiTlemcenAch’ariteConfirmation et définition : « Spécification du possible »

Cet exposé démontre que l’école ach’arite était la tendance dominante et officielle chez la majorité des savants d’Al-Andalus et du Maghreb extrême.