Mausolée blanc au toit vert de Khayrouna al-Fassia au cœur du cimetière de Bab Ftouh, surplombant la médina de Fès.

Oummou Hâni’, fille de Mouhammed Al-‘Abdocici العبدوسي, éminente juriste (faqîhah) marocaine, était une femme vertueuse de la ville de Fès. Elle est née au sein d’une famille de science et de religion, très célèbre au Maroc durant l’époque mérinide. Elle appartient à la famille Al-‘Abdocici آل العبدوسي, une lignée de Fès réputée pour la science, l’émission des avis juridiques (fatwâ) et l’imamat au sein de la célèbre mosquée Al-Qarawiyyîn.

Oummou Hâni’ était la sœur de l’Imam, le Hafidh ‘Abdou l-Lâh fils de Mouhammed Al-‘Abdocici, qui fut le Moufti de Fès, son spécialiste du Hadîth et son grand savant, ce qui montre que sa maison était un foyer de savants et de juristes.

Elle a grandi dans un environnement scientifique et religieux d’exception. Son grand-père, Aboû ‘Imrân Al-‘Abdocici, était un juriste et un moufti de l’école malikite ; son oncle, Aboû l-Qâcim Al-‘Abdocici, était un mémorisateur (hâfidh) qui s’était installé à Tunis ; et son frère ‘Abdou l-Lâh est devenu le Moufti de Fès et le prédicateur (khatîb) de la mosquée Al-Qarawiyyîn. Ce milieu riche en connaissances a grandement contribué à façonner son identity scientifique et spirituelle dès son plus coup d’œil.

Son statut scientifique et religieux

Le Chaykh ‘Ahmed Zarroûq Al-Fâcî, l’un des plus éminents juristes et soufis du Maroc, l’a décrite dans son recueil (Kounâchah) en ces termes : « C’était une juriste vertueuse, dotée de science et de piété. » Cet éloge, émanant d’un savant du rang du Chaykh Zarroûq, témoigne du haut niveau de science qu’Oummou Hâni’ avait atteint, ainsi que de sa piété et de son ascétisme (zouhd).

Oummou Hâni’ était la juriste de Fès aux états spirituels vertueux, c’est-à-dire qu’elle était reconnue pour sa droiture, sa dévotion et son engagement religieux, parallèlement à sa maîtrise de la jurisprudence (fiqh). Elle faisait partie des femmes pieuses de la famille Al-‘Abdocici. Les récits historiques rapportent qu’elle étudiait auprès de son frère ‘Abdou l-Lâh Al-‘Abdocici en compagnie de sa sœur Fâtimah ; toutes deux étaient des juristes vertueuses.

Son époque et son contexte temporel

Oummou Hâni’ a vécu au Maroc à l’époque mérinide, une ère de grande prospérité pour les sciences religieuses, qui a vu l’émergence de femmes savantes et de juristes brillantes, à l’instar de la femme de lettres et savante Safiyyah Al-‘Azfiyyah. La dynastie mérinide s’est étendue approximativement du VIIe siècle de l’Hégire (XIIIe siècle de l’ère chrétienne) au IXe siècle de l’Hégire (XVe siècle de l’ère chrétienne). Oummou Hâni’ a vécu durant la dernière période de cette époque.

Son frère, l’Imam ‘Abdou l-Lâh Al-‘Abdocici, est décédé durant le mois de Dhou l-Qa‘dah en l’an 849 de l’Hégire (1445 apr. J.-C.), ce qui situe la vie d’Oummou Hâni’ aux alentours de la première moitié du XVe siècle de l’ère chrétienne.

Ses qualités et ses vertus

Oummou Hâni’ se distinguait par l’alliance de la science et de la piété, une qualité précieuse qui réunit l’excellence académique et la dévotion religieuse. Elle suivait l’école jurisprudentielle (madhhab) de l’Imam Mâlik. Elle enseignait et transmettait la jurisprudence, et les gens venaient la consulter pour obtenir des avis religieux, tout comme ils le faisaient avec sa sœur Fâtimah. Elle était également célèbre pour son ascétisme (zouhd) et sa droiture, incarnant le modèle des femmes qui lient la science à la pratique.

Parmi les familles de savants à Fès, les Al-‘Abdocici étaient connus pour leur générosité et leurs précieux conseils envers la communauté (‘oummah). Ces nobles caractères ont été transmis à Oummou Hâni’ et à sa sœur Fâtimah. Elles furent un exemple de la femme marocaine savante et juriste, jouant un rôle actif dans la société religieuse et scientifique.

Son rôle dans l’histoire du Maroc

Oummou Hâni’, fille de Mouhammed Al-‘Abdocici, est considérée comme l’une des figures féminines majeures et éclairées de l’histoire du Maroc. Elle est un modèle prouvant que la femme marocaine a toujours été présente et influente dans les domaines religieux et scientifique à travers l’histoire. Il est mentionné à son sujet dans l’ouvrage « An-Nouboûgh Al-Maghribî fi l-‘Adabi l-‘Arabî » qu’elle comptait parmi les juristes vertueuses les plus célèbres.

Le fait qu’elle soit mentionnée et louée par un savant de la stature du Chaykh ‘Ahmed Zarroûq montre qu’elle était respectée et reconnue dans les cercles scientifiques et juridiques de Fès et du Maghreb Extrême (Al-Maghrib Al-‘Aqsâ). Elle faisait partie intégrante d’un mouvement intellectuel féminin marocain qui a prospéré sous les dynasties mérinide, almohade, saadienne et alaouite.

Son héritage et sa mémoire

Les sources historiques ont immortalisé la mémoire d’Oummou Hâni’ Al-‘Abdocici en tant que savante et juriste du Maroc. Liciânou d-Dîn Ibnou l-Khatîb l’a mentionnée dans son livre « At-Tâjou l-Mouhallâ », tout comme le Chaykh Zarroûq dans son Kounâchah. Son nom figure également dans l’ouvrage « An-Nouboûgh Al-Maghribî » ainsi que dans les travaux du Centre d’études Ben Ismaïl, affilié à la Ligue Mohammadia des Oulémas.

Oummou Hâni’, fille de Mouhammed Al-‘Abdocici, demeure un modèle inspirant de la femme savante marocaine qui a su lier la science à la piété, et l’excellence en jurisprudence à la dévotion religieuse. Elle est le témoin historique de la contribution active des femmes à l’édification de la civilisation islamique et scientifique au Maroc à travers les âges.

Précisions géographiques et lieu de sépulture

Les sources biographiques et historiques maghrébines de confiance (telles que Salwatu l-‘Anfâs d’Ibnou Ja‘far Al-Kattânî ou Naylou l-Ibtihâj d’Ibnou Farhoûn) apportent des précisions géographiques claires sur le lieu de sépulture de cette noble famille de savants.

  • Le cimetière d’Al-Kbab (مقبرة الكباب) à Fès : C’est dans ce cimetière historique de Fès (situé traditionnellement à l’extérieur de Bâb Al-Ftoûh) que se trouve l’enclos funéraire de la famille Al-‘Abdocici.

  • Son père et son grand-père : Son grand-père, le grand jurisconsulte Aboû ‘Imrân Moûçâ Al-‘Abdocici (mort en 776 H / 1374), ainsi que son père Mouhammed fils de Moûçâ (mort en 820 H / 1417), ont tous deux été enterrés dans ce même secteur d’Al-Kbab à Fès.

  • La sépulture familiale : Comme il était de coutume pour les grandes lignées de savants et de saints de Fès d’être inhumés dans les concessions familiales (rawd), son frère, le Hafidh Aboû Mouhammed ‘Abdou l-Lâh, a bel et bien été enterré au cimetière d’Al-Kbab, aux côtés de son père et de son grand-père, là où reposent les membres de la noble famille des « Banoû Mou‘tî Al-‘Abdocici ». C’est au cœur de cet espace mémoriel dédié à sa lignée que repose cette famille de science.