Abdou Allah Al-Abdousiyy العبدوسي , grand préservateur du Hadith (Hafidh), était l’Érudit Abou Mouhammed ‘Abdou l-Lah fils de Mouhammed, fils de Mouça, fils de Mou‘ti l-‘Abdousiyy العبدوسي al-Malikiyy. Il compte parmi les plus éminents savants du Maghreb au neuvième siècle de l’Hégire. Chaykhou l-Islam, Hafidh et Moufti de Fès, il en fut le savant de référence, le spécialiste du Hadith et l’un de ses saints vertueux. Il est issu d’une lignée de science ancrée de longue date à Fès ; son grand-père, Abou ‘Imran Mouça fils de Mouhammed fils de Mou‘ti l-‘Abdousiyy, était un jurisconsulte (faqih) et un moufti malikite de grande renommée.
La lignée et la jeunesse d’Abdou Allah Al-Abdousiyy
Il se nomme ‘Abdou l-Lah fils de Mouhammed, fils de Mouça, fils de Mou‘ti l-‘Abdousiyy al-Malikiyy, issu des ‘Abadiçah des Bani Mou‘ti de Fès. Ayant grandi au sein d’un environnement scientifique prestigieux, il a puisé la science directement auprès de son père et de son grand-père Abou ‘Imran. Il devint ainsi l’héritier légitime du savoir de la famille Al-‘Abdousiyy, transmis rigoureusement de génération en génération.
Sa vie scientifique
L’Érudit Al-‘Abdousiyy fut chargé de délivrer les avis juridiques (al-fatwa) à Fès et dans le Maghreb Al-Aksa (le Maroc actuel). Vers la fin de sa vie, il assuma également la fonction d’imam et de prédicateur (khatib) à la célèbre mosquée Al-Quaraouiyine à Fès. Il était doué d’une mémoire d’une immense portée (il était Hafidh), et l’essentiel de sa science portait sur la compréhension du Hadith (fiqhou l-hadith). Il devint le Chaykh de la communauté, réunissant autour de lui jurisconsultes et soufites, ce qui témoigne de son rang élevé dans la science et l’adoration.
Il est reconnu pour l’immensité de sa mémorisation. Le fait qu’il ait occupé la charge de la Fatwa au Maghreb ainsi que l’imamat à Al-Quaraouiyine confirme sa place parmi les plus grands savants de son époque.
Ses chouyoukh (Ses maîtres)
L’Érudit Al-‘Abdousiyy a puisé la science auprès de nombreux maîtres, parmi lesquels :
Son père, Mouhammed fils de Mouça l-‘Abdousiyy.
Son grand-père paternel, Abou ‘Imran Mouça fils de Mouhammed fils de Mou‘ti l-‘Abdousiyy.
Son père et son grand-père comptaient parmi les savants les plus illustres de Fès, ce qui lui a permis de s’instruire auprès des meilleurs enseignants de leur époque.
Ses élèves
L’Érudit Al-‘Abdousiyy a formé de nombreux élèves qui ont transmis son savoir aux générations suivantes. Parmi ses plus éminents disciples :
Le jurisconsulte et vérificateur Ibn Amlal.
Le jurisconsulte Al-‘Abdoul-‘Aziz Al-Qawriyy.
Abou Faris ‘Abdoul-‘Aziz Al-Ouaryajliyy, qui lui succéda à la fonction de prédicateur (khatib).
L’Érudit Mouhammed fils de Ghazi.
Le Chaykh Ahmad Zarrouq al-Façiyy, qui lui fut présenté alors qu’il était encore un nourrisson et qui ne cessa de le fréquenter durant son enfance.
Le Chaykh Ahmad Zarrouq disait d’ailleurs : « On m’a porté auprès de lui alors que j’étais un nourrisson, et je n’ai cessé de me rendre chez lui durant mon enfance, car ma grand-mère étudiait auprès de lui en compagnie de ses deux sœurs, Fatimah et Oumm Hani, qui étaient deux femmes jurisconsultes et vertueuses. »
Ses ouvrages
L’Érudit Al-‘Abdousiyy a composé plusieurs écrits, dont :
Un beau poème (nazm) sur le témoignage basé sur l’ouï-dire (chahadatou s-sama‘).
Plusieurs épîtres.
De nombreuses fatawa (avis jurisprudentiels) dont une grande partie a été rapportée dans l’ouvrage de référence Al-Mi‘yar.
Bien que la diffusion de ses propres ouvrages soit restée limitée, ses avis juridiques transmis dans Al-Mi‘yar (l’un des livres les plus importants du fiqh malikite) restent largement cités et reconnus.
Son détachement de la vie d’ici-bas (zouhd) et sa générosité
Al-‘Abdousiyy se distinguait par un détachement rigoureux du bas-monde (zouhd) et une générosité légendaire. Il était un pilier de générosité et un modèle de sincérité dans le conseil prodigué à la communauté (nouçhou l-oummah). À sa mort, il ne laissa pour tout héritage que deux récipients (jarres), deux pagnes (ihram) et deux tuniques (doura‘ah), illustrant son profond renoncement aux biens de ce monde.
Parmi les récits qui témoignent de son zouhd : il tressait secrètement des feuilles de palmier (pour en faire des paniers ou des nattes) et les confiait à quelqu’un qui ne le connaissait pas afin qu’il les vende. Il utilisait ensuite ce modeste gain pour se nourrir durant le mois de Ramadan. Il disait : « C’est ainsi que doit être le faqih, sinon rien. » Cette anecdote confirme sa piété et sa grande humilité, lui qui travaillait de ses propres mains en cachant ses œuvres aux yeux des gens.
Son décès
L’Érudit Al-‘Abdousiyy est décédé subitement alors qu’il accomplissait la prière du Maghreb, durant le mois de Dhou l-Qa‘dah de l’an 849 de l’Hégire (correspondant à l’année 1445 chrétienne). Il fut enterré à Fès.
Sa mort soudaine en pleine prière du Maghreb est le signe d’une excellente fin (khatimah salihah), puisqu’il a rendu l’âme en plein acte d’obéissance à Allah, ce qui le range parmi ceux qui sont témoins par la science et la pratique.
Les propos des savants à son sujet
L’Imam As-Souyoutiyy a dit de lui : « Il était un savant brillant, vertueux et renommé. »
Le Chaykh Ahmad Zarrouq al-Façiyy a dit : « Abou Mouhammed Al-‘Abdousiyy était un savant vertueux, un moufti… Il était un pilier de générosité, un imam dans le conseil à la communauté. Il a éteint de nombreuses innovations (bid‘ah) au Maghreb, et a veillé à l’application des peines légales et des droits. »
L’Imam As-Sakhawiyy a dit : « Cet Abou Mouhammed avait une mémoire d’une immense portée. Il a occupé la charge de la Fatwa au Maghreb Al-Aksa ainsi que l’imamat à la mosquée Al-Quaraouiyine à Fès, et il est mort subitement alors qu’il était en prière. »
Ses réalisations scientifiques et sa da‘wah
L’Érudit Al-‘Abdousiyy a combattu et fait disparaître de nombreuses innovations au Maghreb, tout en veillant au respect des lois de la religion et des droits de chacun, ce qui démontre ses efforts majeurs dans la réforme de la société et la propagation de la science authentique. Parmi ses avis, il conditionnait la pratique du retrait (al-‘azl) lors des rapports conjugaux par la volonté d’éviter d’avoir des enfants en raison de la corruption de l’époque, ce qui reflète sa compréhension profonde des réalités sociales de son temps.
Son rang dans la science
Les historiens mentionnent que son grand-père Abou ‘Imran avait une maîtrise plus forte que lui dans les sciences théoriques, mais que lui (Abou Mouhammed) dépassait son grand-père dans la mise en pratique et les œuvres de piété. Cela montre qu’il a magnifiquement allié la science à la pratique, caractéristique première des savants vertueux et des saints.
Conclusion
Le Hafidh, l’Érudit Abou Mouhammed ‘Abdou l-Lah fils de Mouhammed, fils de Mouça, fils de Mou‘ti l-‘Abdousiyy al-Malikiyy demeure l’une des figures majeures du Maghreb au neuvième siècle de l’Hégire. Il a su réunir la science, l’adoration, le détachement du monde et la générosité. Il a laissé un immense héritage à travers ses élèves et ses avis juridiques préservés dans les recueils du fiqh malikite. Sa noble fin, survenue alors qu’il était prosterné ou debout en prière devant Allah pour le Maghreb, fait de lui un modèle intemporel pour les savants qui joignent le savoir à la piété sincère.
Le lieu de sépulture de la famille Al-‘Abdousiyy
Les sources biographiques et historiques maghrébines (telles que Salwat al-Anfas d’Ibn Ja’far al-Kattani ou Nayd al-Ibtihaj d’Ibn Farhoun) apportent des précisions géographiques claires sur cette noble famille de savants.
Le cimetière d’Al-Kbab (مقبرة الكباب) à Fès : C’est dans ce cimetière historique de Fès (situé traditionnellement à l’extérieur de Bab al-Ftouh) que se trouve le lieu de sépulture de la famille Al-‘Abdousiyy.
Son père et son grand-père : Son grand-père, le grand jurisconsulte Abou ‘Imran Mouça Al-‘Abdousiyy (mort en 776 H / 1374), ainsi que son père Mouhammed fils de Mouça (mort en 820 H / 1417), ont tous deux été enterrés dans ce même secteur d’Al-Kbab à Fès.
Sa propre sépulture : Comme il était de coutume pour les grandes lignées de savants et de saints de Fès d’être inhumés dans les concessions familiales (rawd), le Hafidh Abou Mouhammed ‘Abdou l-Lah a bel et bien été enterré au cimetière d’Al-Kbab, aux côtés de son père et de son grand-père, là où reposent les membres de la noble famille des « Banou Mou‘ti Al-‘Abdousiyy ».

