Sidi Ali Ibn Hirzihim : Maître du Soufisme Ghazalien à Fès

par saidanathaliev@gmail.com | Almohades, Fès | 0 commentaire

Vue extérieure du mausolée de Sidi Ali Hrazem avec son toit pyramidal en tuiles vertes, entouré d'un cimetière historique et de végétation à Fès.

Sidi Ali Ibn Hirzihim (également transcrit Ibn Harzihim, Ibn Harazim ou Sidi Hrazem) est l’une des plus grandes figures spirituelles de Fès au VIe/XIIe siècle. Savant soufi et maître de formation religieuse et intérieure, il fut profondément rattaché au milieu ghazalien de la capitale spirituelle du Maroc. Il s’éteignit en 559 de l’Hégire (1162-1163).

Identité et origines

Les notices biographiques mentionnent son nom complet : Abū al-Ḥasan ‘Alī ibn Ismā‘īl ibn Muḥammad ibn ‘Abd Allāh ibn Ḥirzihim. Son ancrage est profondément fassi ; né et mort à Fès, il est issu d’une famille de savants et de lettrés hautement respectée et solidement établie dans la ville.

Famille, formation et maîtres

La famille Ibn Ḥirzihim a occupé une place prépondérante dans l’enracinement et la diffusion du soufisme ghazalien à Fès. Abū Muḥammad Ṣāliḥ Ibn Ḥirzihim, oncle de Sidi ‘Ali, en fut l’une des figures décisives après un voyage en Orient où il aurait rencontré al-Ghazālī et Abū al-Najīb al-Suhrawardī, avant de revenir enseigner à Fès.

Sidi ‘Ali apparaît comme le continuateur direct de cet héritage familial et spirituel. Au cours de son parcours, il fréquenta notamment Ibn al-Naḥwī, grand défenseur maghrébin de l’Iḥyā’ ‘ulūm al-dīn, et fut le disciple d’Abū Bakr Ibn al-‘Arabī al-Ma‘āfirī dans le domaine des sciences religieuses.

Cette double formation façonne le portrait d’un savant complet, enraciné à la fois dans les sciences de la Loi (la Charia) et dans la discipline spirituelle. La tradition souligne son excellence remarquable dans la compréhension du droit (fiqh), du hadith, de l’exégèse et du taṣawwuf.

Posture spirituelle et défense du Ghazalisme

Sidi ‘Ali Ibn Hirzihim se distinguait par son ascèse, son scrupule religieux, son humilité et son détachement total du monde.

Son nom reste intimement associé à la défense et à la diffusion de l’Iḥyā’ d’al-Ghazālī, dans un contexte historique marqué par une forte hostilité de certains milieux almoravides envers cet ouvrage. La tradition hagiographique rapporte qu’il aurait initialement approuvé l’autodafé du livre, avant de se repentir à la suite d’un rêve prophétique, devenant dès lors le protecteur ardent de l’œuvre ghazalienne à Fès.

Rôle à Fès et rayonnement

Loin d’être un simple ascète isolé, Sidi ‘Ali fut un pôle d’enseignement majeur, structurant le milieu soufi fassi de l’époque almoravide. Il transmettait son savoir au sein d’un ribat ou d’une zāwiya, où les disciples étudiaient de grands traités de spiritualité tels que l’Iḥyā’ ou la Ri‘āya d’al-Muḥāsibī.

Son rayonnement historique tient également à son rôle central dans la formation d’Abū Madyan (Sidi Boumediene), future clé de voûte du soufisme maghrébin. Un célèbre récit rapporte les propos d’Abū Madyan à son sujet : il confiait qu’à son arrivée à Fès, il assistait aux cercles des juristes sans que leurs paroles ne pénètrent son cœur, jusqu’au jour où il rencontra Ibn Ḥirzihim, dont la parole « sortait du cœur et entrait dans le cœur ». Cette filiation spirituelle demeure l’un des jalons les mieux ancrés de sa postérité.

Relations avec d’autres maîtres

La tradition hagiographique le met en relation étroite avec un autre grand saint de l’époque, Abū Ya‘zā (Sidi Bouaza). Elle l’associe également au contexte politique et spirituel troublé des exécutions des maîtres andalous Ibn Barrajān et Ibn al-‘Arīf à Marrakech. Les récits rapportent que Sidi ‘Ali manifesta publiquement son opposition au pouvoir après ces événements, et attribuent sa libération de prison à une intervention miraculeuse d’Abū Ya‘zā.

Mort et sépulture

Sidi ‘Ali Ibn Hirzihim s’éteignit à Fès en 559 H (1162-1163). Son mausolée, situé dans le cimetière de Bab Ftouh, demeure l’édifice funéraire le plus marquant du site. Il reste, à travers les siècles, un lieu de mémoire religieuse intense, associé à une piété populaire durable et à un traditionnel moussem printanier.