Découvrez l'histoire spirituelle de Moulay Brahim al-Amghari, surnommé Ṭayr al-Jibāl, saint patron et figure emblématique du Haut Atlas marocain.

Moulay Brahim al-Amghari

dit « Ṭayr al-Jibāl » (l’Oiseau des montagnes). Le saint soufi enterré au jbel Kik, province d’al-Haouz

Parmi les figures majeures de la sainteté soufie du Sud marocain à l’époque saadienne se distingue Moulay Brahim (Mūlāy Ibrāhīm), vénéré aujourd’hui encore dans la province d’al-Haouz, non loin de Marrakech, où se dresse son mausolée au flanc du jbel Kik. Connu de son vivant sous le surnom de « Ṭayr al-Jibāl » (l’Oiseau des montagnes), en référence à sa retraite volontaire dans les hauteurs, ce saint appartient à la lignée des Amghariyyīn, une famille de soufis et de chorfa dont le rayonnement religieux s’étend sur plusieurs générations dans la région de Marrakech.

Identité et généalogie (nasab)

Son nom complet, tel que rapporté par les sources biographiques, est Abū Sālim Ibrāhīm ibn Aḥmad ibn ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn al-Amghārī, connu communément sous le nom de Moulay Brahim, « Ṭayr al-Jibāl », enterré au jbel Kik dans les environs (aḥwāz) de Marrakech.

Sa généalogie remonte à l’ancêtre éponyme de la famille, Abū ‘Abd Allāh Muḥammad ibn Abī Ja‘far Amghār al-Ṣanhājī, enterré au ribat de Tit, près de la ville d’El Jadida. Les historiens divergent sur la nature exacte de cette filiation : certains auteurs, comme Ibn ‘Abd al-‘Aẓīm al-Zamūrī, Muḥammad ibn Ja‘far al-Kattānī et Muḥammad ibn ‘Alī al-Dukkālī, considèrent les Amghāriyyīn comme des chorfa alides, de filiation hassanide ou husseynide ; d’autres, tels Ibn al-Zayyāt al-Tādilī, l’auteur du Mafākhir al-Barbar, ainsi qu’Ibn Marzūq et Ibn Qunfudh, ne reconnaissent pas ce statut chérifien et se contentent de souligner leur piété et leur vertu religieuse (ṣalāḥ).

Cette incertitude généalogique, fréquente dans l’hagiographie soufie maghrébine, n’a pas empêché la postérité de vénérer la lignée amghārienne pour son rôle spirituel de premier plan : elle se rattache, à travers son ancêtre de Tit, à la même chaîne spirituelle qu’Abū Shu‘ayb Ayyūb ibn Sa‘īd al-Ṣanhājī, enterré à Azemmour et connu populairement sous le nom de Moulay Bouchaïb, dont le sanad remonte à al-Junayd puis, par l’intermédiaire d’Abū Ya‘zā puis d’Abū Madyan al-Ghawth (enterré près de Tlemcen), à ‘Abd al-Raḥmān al-Zayyāt et à Mawlānā ‘Abd al-Salām ibn Mashīsh, enterré au jbel al-‘Alam.

Quant au surnom de « Ṭayr al-Jibāl », il n’apparaît pas chez les auteurs contemporains du saint, notamment Muḥammad al-Ṣaghīr al-Ifrānī dans son ouvrage Ṣafwat man intashar min ṣulaḥā’ al-qarn al-ḥādī ‘ashar, ni dans les autres sources qui s’appuient sur ce dernier. C’est Ibn al-Mawqit al-Marrākushī qui, dans son ouvrage al-Sa‘āda al-abadiyya fī al-ta‘rīf bi-rijāl al-ḥaḍra al-marrākushiyya, rapporte ce surnom après avoir mentionné son nom et sa généalogie, précisant qu’il était « connu du commun sous le nom de Ṭayr al-Jibāl », allusion transparente à sa retraite (khalwa) au jbel Kik.

Contexte historique et milieu spirituel

Moulay Brahim naquit et grandit dans un contexte marqué par le grand essor du soufisme confrérique au Maroc, hérité de la Jazūliyya, courant fondé par Muḥammad ibn Sulaymān al-Jazūlī (auteur des Dalā’il al-khayrāt) et diffusé par ses successeurs, notamment ‘Abd al-‘Azīz al-Tabbā‘ puis ‘Abd Allāh al-Ghazwānī, dit Mūl al-Quṣūr, l’une des grandes figures spirituelles de Marrakech. C’est sous l’orientation de ce dernier que le grand-père de Moulay Brahim, ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn, fonda la zaouïa de Tamesloht, aux portes de Marrakech, qui devint un centre spirituel et social majeur, réputé pour l’hospitalité et la générosité déployées envers les visiteurs.

L’historien Ibn ‘Asākir al-Shafshāwunī, dans son ouvrage Dawḥat al-nāshir li-maḥāsin man kāna bi-l-Maghrib min mashāyikh al-qarn al-‘āshir, décrit l’affluence des visiteurs à la zaouïa de Tamesloht et la profusion des repas qui y étaient offerts, notamment lorsque la direction de la zaouïa passa entre les mains de Sīdī Aḥmad ibn ‘Abd Allāh, père de Moulay Brahim, dont il loue « la vertu, la générosité, la munificence, la droiture d’action et la noblesse d’âme ».

Naissance et formation (nash’a)

Les sources biographiques ne précisent pas de date exacte de naissance pour Moulay Brahim. En revanche, al-Ifrānī indique sa date de décès, survenu en 1072 de l’hégire (1661-1662 ), à un âge avancé — on rapporte qu’il aurait dépassé les cent ans. Sur cette base, et compte tenu de la présence, parmi ses maîtres, de son grand-père ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn (mort en 976 H/1568) et du cheikh Aḥmad ibn Mūsā al-Samlālī, dit Sīdī Aḥmad ou-Moussa (mort en 971 H/1563), on peut situer sa naissance peu après le milieu du Xe siècle de l’hégire, soit vers le milieu du XVIe siècle chrétien.

Moulay Brahim grandit dans un milieu strictement soufi, au sein de la zaouïa familiale de Tamesloht, près de Marrakech. Sa formation spirituelle initiale lui fut transmise directement par son grand-père ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn, fondateur de la zaouïa. La tradition hagiographique rapporte un épisode fondateur de sa vocation : lors d’une visite du cheikh Aḥmad ibn Mūsā al-Samlālī à la zaouïa de Tamesloht, le jeune Ibrāhīm, encore enfant, jouait aux pieds de son grand-père. Ce dernier demanda au visiteur de bénir l’enfant ; or une poule qui se trouvait à proximité caquetait d’une manière que l’enfant imitait en répétant « Kīk ». Interrogé sur l’existence d’un lieu portant ce nom, le grand-père répondit par l’affirmative, ce sur quoi le cheikh Aḥmad ibn Mūsā prédit que l’enfant révélerait son secret spirituel précisément en ce lieu — préfigurant ainsi sa future retraite au jbel Kik.

Ses maîtres (mashāyikh) et sa chaîne initiatique (sanad)

Une fois parvenu à maturité, Moulay Brahim étudia auprès de plusieurs maîtres reconnus de son temps. Les sources citent en premier lieu le cheikh Aḥmad al-Manjūr, auteur du célèbre Fahrasa (mort en 995 H/1587), figure de référence de l’enseignement traditionnel à Marrakech et Fès. Il fréquenta également les deux grands cheikhs de la communauté (shaykhay al-jamā‘a) de Marrakech : ‘Abd Allāh ibn Ṭāhir al-Ḥasanī (mort en 1045 H/1635) et Abū Mahdī ‘Īsā ibn ‘Abd al-Raḥmān al-Sīktānī (mort en 1062 H/1652).

Sur le plan de la voie spirituelle proprement dite (ṭarīqa), Moulay Brahim la reçut directement de deux sources : son grand-père Sīdī ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn, fondateur de la zaouïa de Tamesloht, et le cheikh Aḥmad ibn Mūsā al-Samlālī, dit Sīdī Aḥmad ou-Moussa, enterré à Tazerwalt.

La chaîne spirituelle (sanad)

L’examen de sa chaîne initiatique montre qu’il se rattache à Muḥammad ibn Sulaymān al-Jazūlī, fondateur de la Jazūliyya, par deux voies distinctes qui se rejoignent : la première par l’intermédiaire de son grand-père ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn, qui reçut la voie de ‘Abd Allāh al-Ghazwānī (Mūl al-Quṣūr), lui-même disciple de ‘Abd al-‘Azīz al-Tabbā‘, disciple direct d’al-Jazūlī ; la seconde par l’intermédiaire de son second maître, Aḥmad ibn Mūsā al-Samlālī, qui reçut également la voie directement d’al-Tabbā‘, disciple d’al-Jazūlī.

Les sources disponibles ne mentionnent pas de wird (litanie) propre que le cheikh Moulay Brahim aurait observé assidûment ou prescrit à ses disciples. Le lien qui le rattache le plus clairement à la tradition jazoulite réside dans la pratique, transmise à ses disciples, de la lecture des Dalā’il al-khayrāt la nuit du vendredi, ainsi que dans les réunions de samā‘ (audition spirituelle) organisées périodiquement.

Voyages et installation au jbel Kik

Moulay Brahim vécut la période de troubles et d’instabilité qui suivit la mort du sultan saadien Aḥmad al-Manṣūr al-Dhahabī, marquée par les affrontements entre ses fils Zaydān, Abū Fāris et al-Ma’mūn pour la succession. La situation s’aggrava avec l’entrée à Marrakech du faqīh insurgé Ibn Abī Maḥallī al-Sijilmāsī, qui en chassa le sultan Moulay Zaydān, avant que ce dernier ne fasse appel au cheikh Abū Zakariyā al-Ḥāḥī pour reprendre la ville, ce qui fut fait à l’issue d’une bataille décisive livrée au jbel Guéliz, aux abords de Marrakech.

Ce contexte troublé rendit Moulay Zaydān méfiant à l’égard du ralliement populaire autour des maîtres soufis ; il renforça la surveillance exercée sur les zaouïas, en particulier la Ghazwāniyya, la Falāḥiyya et la Qasṭaliyya. C’est dans ce climat que la renommée de Moulay Brahim al-Amghārī grandit rapidement : lorsque le peuple se mit à voir en lui un homme de bien et de piété et à se rassembler autour de lui, Moulay Zaydān ordonna son arrestation. Il quitta alors Marrakech pour se retirer au jbel Kik, en pays Sektana.

C’est sur ce jbel Kik, région montagneuse alors quasiment inhabitée — ne comptant, dit-on, que sept familles au début du Xe siècle de l’hégire — que sa renommée se répandit largement, attirant des disciples de toutes les régions, en particulier de la tribu des Sektana et des adeptes de la zaouïa de Tamesloht. Il y perpétua la tradition d’hospitalité et de générosité héritée de son père, malgré l’afflux considérable de visiteurs ; le chroniqueur al-Ifrānī, dans la Ṣafwa, rapporte que trente mille hommes et neuf mille femmes se réunirent auprès de lui en une seule journée — chiffre à interpréter comme un indice hagiographique de son immense popularité plutôt que comme une donnée statistique exacte.

Au-delà de son rôle spirituel et religieux, Moulay Brahim exerçait également une fonction d’arbitre entre les tribus de la région dans les conflits relatifs à l’eau et aux pâturages, assumant ainsi un rôle de guide et d’éducateur social autant que religieux.

Ses disciples (talāmidha) et son rayonnement

Le rayonnement de Moulay Brahim s’étendit essentiellement à travers les tribus de la région du Haouz et de l’Atlas, notamment la tribu des Sektana, ainsi qu’auprès des disciples de la zaouïa de Tamesloht, berceau familial de la confrérie amghārienne. Après sa mort, la direction spirituelle de la zaouïa de Kik fut assurée par son fils Sīdī Muḥammad al-Wāfī, puis par ses descendants successifs, qui continuèrent à bénéficier de la protection et de la considération des sultans alaouites, comme en attestent plusieurs firmans (ẓahā’ir) de respect et de faveur qui leur furent accordés.

La postérité spirituelle de Moulay Brahim s’inscrit ainsi dans la durée à travers l’institution de la zaouïa, qui perpétue jusqu’à aujourd’hui son souvenir à travers le moussem annuel organisé en son honneur, drainant des visiteurs de toute la région et au-delà.

Rapports avec le pouvoir saadien

Bien qu’ayant dû fuir Marrakech sous la pression du sultan Moulay Zaydān, Moulay Brahim vit sa position se rétablir avec le temps : à peine quatre années après la mort de ce dernier, les Saadiens cherchèrent à se réconcilier avec lui. Ainsi, le sultan al-Walīd le confirma, en dhū al-qa‘da 1041 H, aux côtés des descendants de son grand-père ‘Abd Allāh ibn Ḥassāyn, dans leurs prérogatives coutumières (‘awā’id), leur laissant la disposition de leurs biens et appelant au respect et à la considération qui leur étaient dus. Cet épisode illustre le rapport ambivalent, fait de méfiance puis de reconnaissance officielle, qu’entretenait le pouvoir saadien avec les grandes figures soufies dont l’autorité morale pouvait rivaliser avec la légitimité politique.

Doctrine, pratique spirituelle et écrits

Les sources consultées ne mentionnent pas d’ouvrage écrit qui serait dû à la plume de Moulay Brahim ; à l’instar de nombreux maîtres soufis marocains de cette époque, son enseignement se transmettait avant tout de manière orale et par l’exemple vécu (al-ḥāl), et non à travers une œuvre littéraire ou doctrinale rédigée. Son rattachement à la Jazūliyya se traduit essentiellement par la pratique, léguée à ses disciples, de la lecture collective des Dalā’il al-khayrāt la nuit du vendredi, ainsi que par les séances de samā‘ (audition spirituelle) tenues périodiquement à la zaouïa.

Plusieurs karāmāt (grâces ou prodiges) lui furent attribuées de son vivant. Al-Ifrānī le décrit comme « un signe parmi les signes de Dieu dans les effusions divines et les états spirituels sincères, joignant à cela la belle allure et la fidélité à la Sunna dans ses paroles et ses actes ».

Jugements des savants et hagiographes à son sujet

Plusieurs auteurs et historiographes marocains ont consacré des notices à Moulay Brahim, contribuant à fixer son image dans la mémoire collective :

  • Muḥammad al-Ṣaghīr al-Ifrānī, dans Ṣafwat man intashar min ṣulaḥā’ al-qarn al-ḥādī ‘ashar, le décrit comme un homme aux états spirituels authentiques et à la conduite conforme à la Sunna.
  • Ibn al-Mawqit al-Marrākushī, dans al-Sa‘āda al-abadiyya fī al-ta‘rīf bi-rijāl al-ḥaḍra al-marrākushiyya, rapporte son surnom de « Ṭayr al-Jibāl » et le compte parmi les saints réputés « disposer de leur tombeau comme ils disposaient de leur vivant » (al-mutaṣarrifūn fī qubūrihim), catégorie de sainteté particulièrement vénérée dans l’hagiographie soufie maghrébine.
  • L’imam al-Ḥaḍīkī, dans ses Ṭabaqāt (recueil biographique des saints marocains), souligne qu’il jouissait d’« un rang de sincérité et d’une position noble dans le suivi et la revivification de la Sunna et l’extinction de l’innovation blâmable » (bid‘a), selon ses hauts faits (manāqib).
  • Ibn ‘Asākir al-Shafshāwunī, dans Dawḥat al-nāshir, évoque avec éloge le père de Moulay Brahim et le climat de générosité et de piété qui régnait à la zaouïa familiale, contexte dans lequel s’est formé le futur saint de Kik.

Ces jugements convergents dressent le portrait d’un saint respecté autant pour sa piété personnelle et son attachement scrupuleux à la Sunna que pour son rôle social de médiateur et de guide, dans un Maroc en proie, à cette époque, à une profonde instabilité politique.

Sa place et son statut dans le soufisme marocain

Moulay Brahim occupe une place notable dans la géographie sacrée du Maroc, en particulier dans la région de Marrakech et du Haouz. Il est associé, dans la mémoire collective marrakchie, au cercle des saints protecteurs de la ville connue pour ses « Sept Saints » (Sab‘atu Rijāl), bien qu’il en soit géographiquement distinct puisque son mausolée se trouve au jbel Kik, à l’écart de la médina.

Son statut de « mutaṣarrif fī qabrihi » (saint agissant depuis sa tombe), reconnu par Ibn al-Mawqit, situe Moulay Brahim dans la catégorie supérieure de la hiérarchie soufie populaire, celle des saints dont on estime que la baraka demeure active après la mort et continue à opérer en faveur des visiteurs de leur mausolée. C’est ce statut qui explique la persistance, jusqu’à nos jours, d’un important visiteurs populaire (ziyāra) vers son tombeau, particulièrement à l’approche de la commémoration du Mawlid al-Nabī.

Sur le plan de la filiation spirituelle, son rattachement, par deux voies convergentes, à la Jazūliyya via al-Ghazwānī et al-Tabbā‘ l’inscrit pleinement dans le grand courant confrérique qui a structuré le paysage religieux du Maroc à l’époque saadienne, courant qui insistait sur l’amour du Prophète, la vénération de sa famille et la pratique assidue de la prière sur le Prophète à travers les Dalā’il al-khayrāt.

Postérité : la zaouïa et le mausolée après sa mort

Après la mort de Moulay Brahim en 1072 H/1661-1662, la zaouïa du jbel Kik continua d’assurer son rôle religieux et social sous la direction de son fils Sīdī Muḥammad al-Wāfī, puis de ses descendants, qui bénéficièrent du soutien continu des sultans alaouites à travers des ẓahā’ir de considération et de faveur.

Le site du mausolée, dans une région montagneuse au paysage saisissant où se mêlent plaine et montagne, cours d’eau et gorges, est devenu au fil des siècles un centre de visite majeur drainant chaque année, en particulier autour du moussem qui lui est consacré, un grand nombre de visiteurs venus de tout le Maroc. La localité qui s’est développée autour du sanctuaire porte aujourd’hui le nom de Moulay Brahim et constitue le chef-lieu d’une commune rurale de la province d’al-Haouz, étape appréciée sur la route reliant Marrakech à la vallée de l’Ourika et au massif du Toubkal.

La piété populaire attribue au sanctuaire diverses vertus, notamment en matière de fécondité, ce qui continue d’attirer de nombreux visiteurs, hommes et femmes, en quête de baraka — signe de la vitalité persistante, dans la société marocaine contemporaine, du culte des saints hérité de la tradition soufie du XVIe et du XVIIe siècle.

Conclusion

La figure de Moulay Brahim al-Amghārī, dit Ṭayr al-Jibāl, illustre de manière exemplaire la trajectoire d’un saint soufi marocain de l’époque saadienne : issu d’une lignée de piété reconnue, formé au sein d’une zaouïa familiale prestigieuse, rattaché par une double filiation à la grande tradition jazoulite, contraint à l’exil par la méfiance du pouvoir avant d’être finalement honoré par ce même pouvoir, et enfin transformé, après sa mort, en un haut lieu durable dont le rayonnement traverse les siècles jusqu’à notre époque.

Si les sources écrites qui nous sont parvenues sur sa vie demeurent relativement sobres — en l’absence, notamment, d’œuvre écrite qui lui soit attribuée — l’ampleur de sa postérité spirituelle et populaire, telle qu’elle transparaît à travers le moussem annuel et la vénération toujours vivace de son mausolée, témoigne de l’importance durable de cette figure dans le paysage religieux du Maroc, et plus particulièrement de la région du Haouz.